De l’image en politique

Sans titre

Exemple: comment penser que la pensée n’a joué qu’un rôle fictif dans un choix politique qui engage tout le pays pour cinq ans? Théoriquement, il a fallu convaincre l’opinion, laquelle a besoin pour cela d’être informée. En fait, ce ne sont pas des moyens de choisir qui lui ont été offerts, mais des images ou des discours faisant image. Au lieu de confronter des conceptions de la société et d’aboutir à un acte (les élections) qui sanctionne le débat, situation traditionnellement constitutive de la vie politique, le public (car il ne s’agit plus de citoyens) a été invité à un spectacle représenté dans le décor en trompe-l’oeil d’une comédie politique mettant en scène la rivalité de personnages et non pas d’idées. «On peut garder le nom, disait Debord, quand la chose a été secrètement changée.”

L’image séduit mais elle n’instruit pas, c’est pourquoi elle est le langage de la superficialité. Avant d’être médiatique, elle fut pourtant l’élément qui, en passant du visuel dans le mental, déclencha la symbolisation puis le langage. Cette image-là était fixe et l’oeil la traité comme notre conscience traite ce qui la traverse. Il n’y avait pas effraction de l’image mais assimilation par un processus d’abstraction qui, en la nommant, émancipait le regard de sa propre vision. Cette opération intellectuelle de base est exactement ce qui occupe aujourd’hui l’espace de la «communication»…

L’agitation de l’apparence entretient la séduction. L’image efficace est aujourd’hui mouvante, et d’un mouvement si persistant qu’il occupe toute la place. Au lieu de pousser à la réflexion, il ne lui en laisse pas le temps et suscite une identification vide parce que passive et sans distance.

Bernard Noël

«De l’impuissance»

dans «A bas l’utile»

Publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814502994/a-bas-l-utile

image http://chambord.org/evenement/lecture-de-bernard-noel/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour De l’image en politique

  1. Lelius dit :

    Impitoyable vérité que seul peut voir un regard élevé… Les voyants ne sauraient être que petite minorité, et une partie d’entre eux a déjà rejoint le camp des manipulateurs. Peu de place laissée à l’optimisme !

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