Sir Walter Raleigh

Sans titretoute sa vie repassera alors devant ses yeux, de ces vies comme on n’en fait plus : ce grand bain de violence qu’il prend soudain en France, en quittant le collège et de brillantes études, guerroyant au contact de Gascons brutaux et hâbleurs desquels il retient les fanfaronnades mais oublie l’humour bon enfant, le Massacre de la Saint Barthélémy dont il est témoin à vingt ans et que ses classes faites, commandant des troupes, il revient venger au pays en massacrant salement des Irlandais, toute une garnison catholique pourtant rendue à sa merci et des têtes de chefs comme s’il en pleuvait faisant les frais de son ambition ; nanti de terres dans le Devonshire (où il est né) et anobli pour sa férocité fidèle, son apparition fracassante à la cour, en satin blanc brodé de perles et d’énormes perles au cou, pommadé à ravir, plus une goutte de sang sur la main qui préfère tenir la plume et l’honneur qu’il partage avec deux ou trois autres d’être l’amant de la reine autoproclamée Vierge des îles occidentales (l’idée de génie qu’il a eue en jetant son manteau sous les pas de ladite pour éviter qu’une flaque boueuse ne souillât ses divins petons, un manteau pourpre et or et hors de prix mais que valait cent fois la mine exaspérée de cette andouille d’Essex, son principal rival, Robert Devereux pour les intimes, Robert devenant Roberto ce nom sera aussi celui d’un opéra de G. Donizetti créé à Naples en 1837) ; la fière et mâle allure qu’il avait, capitaine des gardes, dans sa cuirasse d’argent ciselé qui étincelait pendant les éclaircies pendant qu’à l’autre bout de l’Atlantique son pauvre demi-frère, qu’il finançait en comptant ses sous, s’épuisait à coloniser la Virginie (la reine apprécia) afin que la gloire d’une telle entreprise rejaillisse sur lui ….; cette vieille peau de Queen Bess, jalouse comme un vautour et folle de rage qu’il ait épousé en secret une de ses demoiselles, la bonde Bess Throckmorton, une oie blanche de seize ans alors qu’il en a trente, les jeunes mariés qui passent leur lune de miel au pain sec à la Tour de Londres, Walter contemplant mélancoliquement la Tamise derrière ses barreaux (il cherche une rime en ow), avisant la reine qu’on hisse dans la barque royale et jouant le tout pour le tout pour recouvrer sa grâce, lui hurlant fou d’amour que la voir sans la toucher lui est un supplice de Tantale, Elisabeth Première un peu surprise tout de même, elle qui n’est qu’un nez crochu au milieu de quelques rides rougeâtres selon un contemporain, et qui perdra bientôt ses dents, cependant mise de bonne humeur par ce mépris du ridicule et lui rendant la liberté….

(je n’avais pas envie d’arrêter mais mon pillage est déjà trop long, tout s’enchaîne avec brio au long du livre)

portrait par Nicholas Hilliard provenant de http://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Raleigh

Didier da Silva

«L’ironie du sort»

L’Arbre Vengeur

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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