Rome – rouler dans la nuit

Sans titreLe temps est une vitesse continue, stable, en expansion régulière et cependant sujette à variation. Le temps reste une direction fébrile. La mécanique ne bouleverse pas. Une vitesse continue, une expansion régulière, et cependant le temps n’a pas d’issue, le temps se mord la langue, le temps est une arme cosmique. Et c’est là que tu te rends compte que la question de la culpabilité est une question qui transcende finalement quand même. Pas du tout le pourquoi, pas du tout le comment ! Ce qui coûte deux sous n’est pas ce qui a le plus de valeur.

Dans la ville plongée dans le noir, le même phénomène se reproduit. Tu te souviens de tout ce que tu as vécu dans cette ville. Un dernier tour, à vive allure, visières baissées, moteurs vrombissants, circuit en roues libres, comme si tu venais faire tes adieux à cette ville que tu aimes, passer à nouveau dans tous les lieux que tu as fréquentés, pour leur rendre un dernier hommage, en sachant que tu t’éloignes déjà, tu sors de la ville.

Les sources de la nuit sont baignées de lumière, mais pas dans les mots de la plainte. Elles sont dans la répétition des mots de la langue. Elles sont cette répétition. Rire d’une même impulsion, d’une même pulsation. Retourner la lumière et parler de ces paysages fuyants. C’est une étoile qui nous suit. À rebrousse-poil, à rebrousse-chemin.

Les images que l’on fait avec la volonté d’archives, pour le futur, ne nous enseignent pas tant sur le passé, mais davantage sur l’incertitude de l’avenir. Cet endroit de mémoire qu’on savait sien avant de l’aborder. On voit plus nettement son âme dans des espaces qui n’en ont pas. Apprendre à voir et à entendre, tel est l’enjeu. La langue tout entière est lumière.

Les lumières des motos dans la nuit. Il ne te reste que cet ultime souvenir.

Faire échec à la nuit — sans la nier pourtant — mais en la surmontant, par un lent mouvement de sortie. Ce sont aussi des tentatives pour te rapprocher d’un secret. Le détachement ne s’apprend pas.

Pierre Ménard

«Ain’t it strange» fragment

dans

«Radio Ethiopia»

sur nerval.fr

http://nerval.fr/spip.php?article45

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s