Henri-André Gauthé – un été de guerre

Sans titreLa traversée de Commercy se fit au pas cadencé arme sur l’épaule (…) Montrer à la population les signes extérieurs d’une troupe organisée et disciplinée (…) Regardez, bourgeois, notre pas cadencé permet à votre volaille de cuire en son four.

Par hasard, en levant les yeux, j’aperçus une fillette jolie et mièvre un peu… A voir ses yeux émus et admiratifs, j’ai compris que sans doute nous étions beaux… et grands (…) Nous sommes une bête formidable qui pourrait broyer cette enfant, sans la voir, sans entendre ses cris et sa plainte. Son admiration est une vague d’effroi et de piété. Nous sommes un énorme troupeau de formidables douleurs… Nous sommes un rempart des joies de l’amour, du bonheur (… )elle l’a senti… son regard me réchauffe, son admiration m’a fait tendre le jarret, son sourire m’a donné du coeur…

(….)

Mes nerfs crient et se froissent à certaines imaginations et dans mon chaos, je ne trouve de causes et de raison à mes souffrances que le besoin de jouir et de paraître chez mille qui ne sont pas à la peine (…) je ne suis pas assez austère pour agréer l’attente de ces maîtres, et j’ai l’estomac trop vide. Je suis trop sale et j’ai trop de poux. Je ne peux croire que c’est la fumier qui fait la rose – et notre pourriture acceptée par le camp et la tranchée, que notre révolte, que notre douleur feront de la justice ou du bonheur. Et quel égoïsme de dire à son frère : tu mourras pour que je sois heureux ! N’est-ce pas là toute la guerre et ce calcul n’est-il pas le squelette effarant qu’on cache sous les oripeaux d’honneur, de devoir militaire, de sacrifice ?

Chaque putain de guerre représente les mille douleurs de celui qui la porte, mille morts de ceux que le combat a fauchés, et les mille jouissances des ventres et des bas-ventres de l’arrière. Voilà ce qu’elle crie cette putain de guerre : Celui qui me porte est un naïf qui croit que les mots cachent les idées, que les idées feront du bonheur, et qui n’a pas vu quelles bacchanales son dévouement permettait derrière le mur formidable des discours, des proclamations, des compliments et de la censure..

Henri-André Gauthé

extrait de son journal de guerre

dans

Paroles de poilus

Librio

photo trouvée sur http://laflaneuse.org/page/2/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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