Jumping Jack Flash

Sans titreAlors, ce troisième soir, Watts et Wyman sont à nouveau les premiers au studio, une fois de plus sans savoir combien de temps ils attendront. Wyman, comme souvent, s’assoit à l’orgue Hammond, et se remet dans l’ambiance de ce qu’on avait laissé la veille : séquence répétitive mais nerveuse d’une progression de blues, qu’on dépouille à l’os.

C’est agréable, à l’orgue, de jouer en la, à cause des trois dièses qui font que les touches noires tombent toutes seules sous la main : Wyman a des petits doigts, mais dans cette tonalité (encore, en accord blues, reste-t-on dans la gamme de ré altérée, deux dièses) on peut frapper le clavier presque la main ouverte.

Watts s’installe à sa batterie et suit la pulsation, puis la mène : Wyman instinctivement s’appuie sur le jeu de Watts et garde juste de son thème la suspension initiale. Les autres ne sont toujours pas dans le studio, à cela ils sont habitués, mais il y a une boucle, une idée qui marche, ils continuent et s’en amusent. Charlie et Bill, qui ont fait du bal et joué avec trente-six musiciens, pourraient soutenir deux heures durant ce genre d’obsession sonore. Hey, what’s that ? Sounds good : «Hey, c’est quoi ce truc ? Ça sonne…» Tom Keylock a débarqué Richards de sa Bentley, il a passé la porte capitonnée et c’est son seul salut aux autres. Il branche sa Les Paul noire dans l’ampli Fender, elle est déjà accordée en sol ouvert et il n’a qu’à régler sur la seconde case son capodastre (de marque Johnson, à élastique sous le manche, et un cylindre de caoutchouc sur tige de métal dessus, et bien sûr on avait tous le même) pour être à l’unisson du bassiste.

Peut-être même que Keith en oublie d’allumer la cigarette qu’il garde ensuite à pendre au coin droit de ses lèvres comme si c’était indissociable de la posture pour marquer qu’on répète ou qu’on cherche. Il se greffe sur leur rythme : As soon as I pick up the guitar and play that Jumping Jack Flash’ riff, something happens here – in your stomach. It’s one of the better feelings in the world. You just jump on the riff and it plays you. And explosion would be the best way to describe it… Maybe that’s what this entire generation felt. An explosion. A rebellion agains boredom, and conformity. That’s why it broke out among white kids like me. Suddenly something happened : its first impact was an invasion. Like the barbarians at the gates of Rome : «Aussitôt que j’ai eu attrapé cette guitare et pris le riff de Jumping Jack Flash, c’est quelque chose qui t’arrive là dans l’estomac. Une des plus grandes sensations au monde. Juste tu sautes sur ce riff et c’est lui qui te joue. Une explosion, c’est ça le mot qui irait le mieux. Et peut-être que c’est ce qu’a ressenti toute cette génération: une explosion. Une rébellion contre l’ennui, le conformisme. Et c’est pour ça que ça s’est répandu de cette façon-là parmi les jeunes blancs comme moi. Tout d’un coup il se passait quelque chose : un impact comme d’une invasion. Les barbares aux portes de Rome.» Les ennemis politiques des Stones sont encore l’ennui et la conformité et seulement cela.

François Bon

«Rolling Stones, une biographie»

Publie.net

http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814506527/rolling-stones-une-biographie

Charlie Watts (avec 13 ans de plus en 81 tant pis j’aime la photo) par Michael Conen

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Jumping Jack Flash

  1. En juin au Stade de France (location complète l’autre jour en une heure pour 75 000 places !)…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s