Fin du jour et de l’enfance

Sans titreJe ne faisais plus partie de la communauté des enfants : elle était la pensée, surgie comme une révélation, qui m’occupait maintenant tout entier. Les batailles sanglantes avec Bec-de-Lièvre, la chasse aux oisillons par les nuits de lune, les glissades en traineau, les petits des chiens sauvages, tout cela était bon pour les enfants. Mais ce genre de relations avec le monde n’avait désormais plus rien à faire avec moi.

Épuisé et grelottant de froid, je m’assis sur la terre encore tiède de la chaleur de la journée. À mesure que mon corps se rapprochait du sol, l’herbe luxuriante et pleine de sève de l’été me dissimulait le travail silencieux des hommes au fond de la gorge que je finis par ne plus voir. En revanche, je vis brusquement surgir et se dresser devant moi les silhouettes sombres, qu’on eût pu prendre pour celles de divinités pastorales, des enfants en train de s’amuser avec le traîneau. Et entre les ombres de ces jeunes dieux champêtres suivis de leurs chiens, courant de tous côtés comme des sinistrés chassés par une inondation, l’air du soir prenait une teinte de plus en plus riche, gagnait en rigueur et en limpidité..

Kenzaburo Ôé

«Gibier d’élevage»

Folio 2 €

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s