Calais, petit matin

15 2 calaisAu lever du jour, tandis que des ferries se croisent sans relâche dans le chenal, et que le long du quai Paul-Dévot le câblier Maersk Defender avale par une sorte d’évent plusieurs kilomètres de ce qui ressemble de loin à une vieille liane chevelue, une dame âgée nourrit des chats errants sur une pelouse au pied du fort Risban. Bien que ces animaux à demi sauvages, une dizaine, soient déjà beaucoup trop nombreux pour mon goût, il lui en manque trois, et comme nous sommes seuls sur le quai, dans la glorieuse lumière de l’aube et le fracas des vagues, elle m’observe avec défiance, qu’elle me soupçonne d’être à l’origine de la disparition des trois chats ou de me disposer à lui faire subir le même sort. Et si, en effet, je précipitais dans la mer la dame aux chats, ses protégés me regarderaient faire sans réagir, attendant simplement que je distribue moi-même les vivres dont elle est chargée. Seuls quelques passagers somnolents d’un ferry en partance pour l’Angleterre seraient témoins de ce crime, dont ils refouleraient bientôt le souvenir en l’imputant à une première atteinte du mal de mer, ou peut-être seul un clandestin, et celui-ci s’abstiendrait probablement de donner l’alerte, tant par indifférence qu’afin de ne pas attirer l’attention sur son propre cas.

Jean Rolin

«Terminal Frigo»

folio

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s