Luxe de la table antique

Sans titreIls couvraient leurs tables avec tous les gibiers, tous les poissons, tous les coquillages, tous les fruits, tous les assaisonnements, et tous les vins, non seulement de l’Italie, mais de toutes les parties du monde qui étaient soumises à leur pouvoir. Les mets qui leur paraissaient les plus délicieux étaient ceux qui étaient les plus rares, ou qui leur arrivaient des contrées les plus lointaines. Ils mangeaient des paons de Samos, des francolins de Phrygie, des grues de Mélos, des chevraux d’Arnbrocie, des thons de Chalcédoine, de la morue de Pessinonte, des pétoncles de Chio, des esturgeons de Rhodes, des surgets de Cilicie, des noix de Thasos, des dattes d’Égypte, des glands d’Espagne, et des truffes de Lampsaque, de Tiare, ou d’Alopéconnèse, quand ils ne les faisaient pas venir d’Élis. Pour manger leurs poissons plus frais, ils les mettaient tout vivants dans l’eau, sous les lits de table de leurs convives. On les exposait à leur vue dans des vases de verre, comme dans des espèces d’aquarium. On observait les différentes couleurs par lesquelles ils passaient, durant leur agonie, avant de les servir. On les tuait dans la sauce, et on les faisait confire tout vivants. Un de leurs plus grands plaisirs consistait à les voir nager, bondir, palpiter et mourir. Ils achetaient certains poissons plus cher que des pêcheurs, et quelques-uns les payaient d’un prix que d’autres mettaient à acheter des terres et des domaines. Leurs marchés étaient couverts de champignons et de morilles, qu’ils mêlaient, comme nous, à leurs poissons et à leurs viandes. L’usage était aussi de les engloutir tout fumants, après les avoir plongés rapidement dans la sauce brûlante. On les refroidissait ensuite dans l’estomac, en buvant des boissons mélangées de glace ou de neige. Ils avaient des parcs d’escargots, comme nous avons des parcs d’huîtres. Fulvius Hispinus avait établi un de ces parcs sur le territoire de Tarquinie. Il mettait à part les escargots blancs de Réate, les gros escargots d’Illyrie, ceux d’Afrique, et ceux qu’il appelait les Solitaires. Il les engraissait avec du vin cuit et de la farine. L’art de les élever avait obtenu un tel succès que la coquille d’un seul atteignait la capacité de 240 cyathes (environ 10 litres). Le prix des vins les plus recherchés et des cuisiniers était énorme. La cruche de vin de Falerne valait 100 deniers. Une jatte de saumure de la mer du Pont se vendait 400 deniers. Un bon cuisinier coûtait 4 talents (12 000 livres).

Charles Charpentier

«Une ville souterraine»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507685/une-ville-souterraine

Publie.net – ArcheoSF

image – mosaïque provenant de Pompeï – Musée de Naples

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Luxe de la table antique

  1. arlette dit :

    Un régal tous ces noms à déguster autant que les mets

  2. micheline dit :

    Et survivre à tout prix!

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