Mood-music ou musique-purée

Sans titre 2Il y a d’abord eu des musiques de table (Telemann), des musiques pour feux d’artifices ou jeux d’eau (Haendel) ; et plus tard, des musiques d’ameublement (Satie). Dans les années vingt, une société américaine a l’idée d’utiliser les lignes téléphoniques pour fournir des environnements sonores destinés aux bureaux, aux usines, aux magasins. Son patron, séduit par le nom Kodak, l’appelle Musak. On n’y diffuse que des musiques douces, légères et toniques. Les années vingt et trente marquent aussi le début de la radio. Certains sons passent mal, certaines fréquences sont difficilement audibles. Alors, des compositeurs s’adaptent. En Grande-Bretagne, Melachrino, Mantovani et plus tard Chacksfield signent des compositions spécifiques où ces contraintes deviennent un style. Souvent conçues pour accompagner les différents moments de la journée, on les appelle mood music ou encore light music. Puis on se met à construire de grandes tours aux ascenseurs ultra rapides et vaguement inquiétants, des aéroports immenses et impersonnels et on comble ces espaces par des sons rassurants, elevator music ou airport music. Dans les bars des années cinquante, les clients terminent leur journée de travail sur fond de cocktail music. En 1964, le magazine spécialisé Billboard inaugure la catégorie easy-listening. Quelques entrepreneurs avisés profitent de l’émergence des radios FM, de grande qualité sonore cette fois, pour créer des stations spécialisées dans ce qu’ils nomment beautiful music. L’arrivée des synthétiseurs offre de nouvelles possibilités. C’est l’ère de la new-age, des expériences avant-gardistes d’ambient music de Brian Eno. Enfin, avec la vague techno des années quatre-vingt-dix, on assiste à l’éclosion de la lounge et de la chill-out music.

Mood music, elevator music, easy-listening, ambient, lounge, tous ces termes ont une valeur plus descriptive que qualitative, mais certains les utilisent malgré tout comme des termes de mépris même si, pour mieux les stigmatiser, leurs détracteurs ont inventé d’autres appellations plus ironiques telles que wallpaper music, ear candy, schmaltz ou musical purée. Dans tous les cas, ce qui domine, c’est l’ancrage anglo-saxon de ces musiques, sur le plan sonore comme lexical.

Claude Chastagner

«666, quatre études sur le rock’n roll»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501126

Publie.net – Publie.rock

image http://www.gasparini-spa.com/fra/catalog/la-construction/ascenseurs/portes-dascenseur.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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