La traversée du paysage

Sans titreOn peut se perdre dans un paysage. On peut, à regarder les routes, s’absorber dans le vague de leurs extrémités et rejoindre ce qui s’efface tout au bout dans l’informulable. Qu’adviendrait-il si on ne gardait un pied arrimé à l’ici, et qui nous retient, et auquel on se hisse pour se retrouver ? Qu’arriverait-il si on lâchait prise, si on se laissait dériver lentement dans ces nuits qui se creusent au bout de nos regards ? N’est-ce pas devenir fou que se jeter dans son propre regard jusqu’à s’y perdre ? «Si les images ont des bords c’est pour nous garder saufs.»

Parfois des routes, échappées du regard, des constructions isolées, des grands bâtiments qui ressemblent à des scieries. Qu’on regarde comme on se déferait de tout, à croire épuiser toutes les apparences des choses et traverser le regard même. Les images qui, à revenir en surnombre les unes par dessus les autres, ajoutent des jours dans les jours et multiplient les nuits en une même nuit. Chaque fois tournent sur elles-mêmes comme on passe outre. L’étendue est peut-être une autre façon de dire le temps qui boucle. Le haut du rideau, ses crochets, une parcelle de plafond avec la trappe de ventilation éclairés à intervalles réguliers et replongés dans l’obscurité. L’œil qui se ferme. Chaque instant lève le souvenir d’un autre, se diffracte et se perd. Après c’est pareil qu’à sortir d’un cinéma : trouver la nuit qu’on n’attendait pas, brutalement, la fiction ayant masqué la montée progressive du soir. Le corps entier comme l’œil à devoir s’accorder lentement. Plus bien savoir.

Jérémy Liron

«La traversée»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814597006

Photographie de Charly Broyez – Sundsvall, Suède, 2010

parce qu’elle est dans le livre, parce que dans préface, parmi les sources du récit, il est dit

«Il y a eu des images aussi, celle de Charly Broyez. Quelques photos prises en Scandinavie en hiver et rassemblées sous le titre «la traversée d’hiver» ; ce sont elles qui m’ont inspiré le décor, le noir & blanc des paysages.»

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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