Gnawi Blues (fragment)

Sans titreJe marche plus vite, plus fort pour faire renaître la mélodie et les tebilats interviennent. S’ajoutent les tamas et mon âme résonne. Elle vibre du chant des gnawas qui ressemblent à ceux du blues. Ils ont leur festival annuel nos musiciens. Il y a foule à Essaouira. Il y a transe. On tangue au rythme de leur complainte aux sonorités parfois guinéennes. Mais, au petit matin, ils sont traités comme l’amant indésirable d’une nuit de beuverie. En plein jour, on préfère la clarté du teint. On aime sur son écran télé, voir un visage crème que chocolat.

Et nous, cette génération d’aveuglés. Je hurle à l’injustice, exige une autre appartenance géographique. C’est étouffant de tourner en rond dans l’abus et la bêtise. Mais c’est l’Afrique. Cette terre particulière dont on ne peut se défaire. Il faut donc lutter. Résister, faire changer. Je regarde vers l’Amérique, le combat d’aînés. Je rêve en scrutant l’horizon outre-Atlantique. Angela Davis me prend par la main et m’indique que les femmes esclaves étaient les gardiennes de la résistance et de la lutte pour la libération, pendant que leur contrepartie blanche se parait des bijoux du mâle dominant. J’écoute Malcolm X me parler des esclaves de maison et de ceux des champs. Des vendus et des rebelles. Stokeley Carmichael insiste en tapant du poing sur l’Histoire et son nécessaire apprentissage. J’en sais quelque chose moi la colonisée à qui on a voulu refourguer une autre identité.

Et claque la peau du tamtam, rappelant les chants d’ancêtres pas blancs du tout, qui ont combattu pour leur terre ocre. Résonne mon âme que cela plaise ou non. Oui les racines sont africaines et fières de leur héritage. De leur noblesse.

Souleyma Haddaoui

«Gnawi Blues»

pour la revue Nerval de Publie.net

http://nerval.fr/spip.php?article92#

Et moi, furieuse et honteuse, qui me console des européens en pensant que suis méditerranéenne, même si cela signifie – pleure le fifre – la guerre entre parents, mais que les camarades des quartiers appellent Madame, qui n’ai pas le droit de me croire exempte, de déplorer ma face rose, qui me souviens de l’épicier me faisant passer avant les autres, à Tamentfoust qui s’était appelée La Pérouse.

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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