Dormir

Sans titreJ’aime les bavardages lorsque je dors. Je préfère les grands ensembles modernes, les flux continus, la Télévision par exemple, ou la Radio. Les canaux qui diffusent m’infusent un sommeil nourricier de langue.

Pour que cet endroit devienne le mien, j’ai couché comme un chien dans ma bibliothèque, dit un écrivain parlant de lui à la télévision. Comme le chien pisse pour délimiter son territoire, ajoute-t-il, des fois qu’on n’aurait pas compris. Puis il parle des langues qu’il parle, de ses nourrices. C’est la même chose. Je me laisse vaquer dans mon imagination, l’écrivain, le chien, pisser, le territoire, tous ces livres jusqu’au plafond sur lesquels il doit pisser avant de dormir dedans. Je n’arrive plus à retrouver pourquoi il doit se coucher comme un chien ni pourquoi le chien dort ni pourquoi le chien ni l’écrivain.

Tout s’embrouille, je dois reprendre au début.

Je dors et j’entends le monde, son bruissement, son caractère, ses sirènes. Je voudrais être plus petite, toujours plus petite, cachée dans un repli de la couette, comme une miette animée. Lorsque je dors, mon sentimentalisme me bouleverse. Ma chair devient très lourde, chaude et molle, je peux la pétrir. C’est assez peu érotique bien que ce pourrait l’être avec un peu plus de vigilance, mais j’en suis incapable. Je ne finis pas mes gestes, emportés par le sommeil.

Je ne sais pas que je dors, je ne le sais qu’après, lorsque ma position finit par meurtrir un muscle, interrompre le flux du sang dans certaines veines, ou qu’un bruit un peu plus épais pique ma vigilance.

Contre la grandiloquence, dormir. Pour ne pas se distraire : dormir.

Edith Msika

«Introduction au sommeil de Beckett»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814597136

Publie.net – Temps réel

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour Dormir

  1. Ce texte trouve en moi une forte résonance … et reconnaissance … bonjour Brigitte

  2. lucas dit :

    et dormir d’un sommeil de plomb!

  3. claude favre dit :

    Contre la grandiloquence, une seule réponse, le talent. Merci Brigitte

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