Le style comme expérience (fragment)

Sans titreLe loisir dont bénéficie le narrateur institue une réalité qui n’est que de lui, une temporalité hybride où interfèrent la durée suspendue, spacieuse de la pensée et celle, serrée, précipitée, fatidique de l’action. Homère place des mots superflus dans la bouche de personnages dont le dernier souci serait, devrait être, de chercher quoi que ce soit au-delà du laconique constat qu’ils vont périr……

Les partages de la société de classes offrent à une élite cultivée la liberté, la quiétude qui lui permettent de porter le sens de l’existence à un degré de généralité, de rigueur, de brillance inaccessible à la culture orale. Mais la conscience large qui la qualifie, et qui s’applique surtout à la caste dominante, guerrière, demeure irréfléchie. Elle n’englobe pas les conditions de l’énonciation et leur incidence sur l’énoncé. La narration a conquis le vaste monde, la «mer vineuse», les redoutables rivages de l’Asie mineure, l’espace de nombreuses années, mais elle n’a pas fait retour sur elle-même. L’aède ne s’est pas demandé si sa position ne contaminait pas les faits qu’elle lui permet de porter dans l’ordre second, ordonné, resplendissant de l’écrit.

Pierre Bergounioux

«Le style comme expérience»

Éditons de l’Olivier

image http://webtv.univ-nantes.fr/fiche.php?id=2048

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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