D’une lettre à Claire Tabouret

Sans titreIl fait beau, chaud, mais je reste à l’intérieur de la maison aux volets fermés. La maison est calme. Le soleil frappe dehors, mais je reste à l’abri, des regards et des rayons brûlants. À la différence d’une attitude de repli, l’idée que le monde s’amuse dehors à l’air libre, que les enfants crient et jouent dans l’eau turquoise non loin de là ; l’idée que les corps se réchauffent au soleil, qu’ils bronzent et se reposent des fatigues accumulées, me rassure. Je lis Proust, le 4ème volume de La Recherche du temps perdu : Sodome et Gomorrhe. Et je pense à toi, au texte que je dois écrire sur tes peintures, sur ces corps à l’arrêt, immobilisés dans des chorégraphies muettes. Une image me hante et m’accompagne là : celle d’une petite fille jouant à Colin-maillard : debout, les yeux bandés, les mains posées sur les genoux afin d’éviter tout déséquilibre. Elle reprend son souffle, elle attend, et me regarde depuis l’intérieur de sa conscience entravée par les années, le flux du temps, sa mort à venir qui la poursuit depuis toujours.

Sur le point de tomber d’une falaise imaginaire.

Léa Bismuth

«l’espoir des spectres»

publie.net – collection Portfolios

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505568/l-espoir-des-spectres

illustrations : tableaux de Claire Tabouret

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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