C’était un conte qui..

Sans titreC’était un conte qui semblait avoir été dicté par les Muses contemporaines. C’était l’histoire d’une femme et d’un homme qui s’aimaient d’un amour fou, mais un jour, elle décida de ne plus jamais le revoir. Elle le lui avait annoncé dans une lettre mouillée par les larmes, et qui devint plus humide encore car ses larmes à lui y avaient coulé aussi pendant qu’il la lisait. Sur la plage de sable fin, tandis que le soleil se couchait et la mer chantait une berceuse, il allait cueillir des pissenlits par la racine et construire des châteaux en Espagne en attendant qu’elle revienne. Il espérait son retour, elle pouvait changer d’avis, on ne sait jamais, et sinon, il pensait récupérer certains cadeaux qu’il lui avait offerts en vue du mariage, comme le lui avait appris la jurisprudence dans le Code civil. Avec son corbeau, en parcourant le Rhin, il chantait à la pleine lune et aux divinités du cours d’eau en allemand des chants pleins de passion et de mort. Le long du Rhin, il chantait sa tristesse et des vers à vous briser le cœur, il chantait ses plaintes et se brisait les cordes vocales, et les mouettes répondaient : «Der Arme kann von Strafe sagen, denn seine Sprache ist dahin !» Lui alors chantait des vers encore plus tristes et qui vous donnaient envie de chier dans votre froc, et les mouettes répondaient : «Ich kann nichts tun, als dich beklagen, weil ich zu schwach zu helfen bin !» Puis le temps était passé, et ce temps à la tristesse s’étant mêlé, Jad s’était transformé en statue de pierre. Un antiquaire qui passait par là le vit et le vendit, étonnant hasard, à la femme qu’il avait toute sa vie attendue. Elle s’était dit, en achetant la statue, qu’elle lui rappelait vaguement quelque chose.

Jad Seif

«Fondations (ou « Comment s’écoule un torrent »)»

dans nerval.fr

lecture hautement conseillée du texte intégral

http://nerval.fr/spip.php?article77#

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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