Une nuit je rêvais de Babel (fragment)

Sans titrelorsque mon père a prononcé ces paroles ma mère s’est retournée : il parle (elle a eu ce réflexe, elle a repris mon frère froid dans ses bras), mais sa question qui était trop lointaine, son souffle qui en nous autres n’était pas parvenu, car le temps n’était pas à l’avenir des morts prononcé tout haut sur des mots qui se perdent (trop de flammes encore), le temps pressait le recueillement ; il s’agissait seulement de conscience, de conscience aiguë même des esprits et des corps en cours d’asphyxie et de calcination ; encore il s’agissait de les accompagner au mieux et de prendre sur soi la douleur, la plus pure et la plus grave des douleurs, celle qui se ferme avec le corps, celle qu’on ne rouvre plus de peur de sentir à nouveau le froid couperet de la panique ; encore il s’agissait de la garder avec soi au près. j’ai répondu sans violence à mon père que nous devions attendre la fin du carnage, que le lendemain nous irions extirper des débris les cadavres des malheureux, et que nous creuserions de belles tombes pour qu’ils reposent selon les dits et l’usage. au près je rêvais encore à cette demeure qui verra le jour au loin de la plaine dégagée ouverte aux coups du vent ; elle sera je me le répétais cachée dans le bois où nous jouirons paisiblement de la vie chez nous miraculée, on saurait en faire un lieu sûr qui puiserait sa force des milliers de morts qui auront présidé à sa fondation. on saurait en faire un mausolée guidé par ces âmes en partance, et dont les présences évanescentes préserveraient par l’espoir chacun des instants de nos vies, comme autant de fragments laissés chus sous la terre et qui rayonneraient, qui rayonneraient, embraseraient la terre et réchaufferaient des affres protégeraient…

Thomas Villatte

«une nuit je rêvais de Babel»

Nerval.fr

http://nerval.fr/spip.php?article66

image http://www.espritcabane.com

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Une nuit je rêvais de Babel (fragment)

  1. theovall dit :

    wahou, c’est un honneur ! Merci beaucoup d’ avoir repris cette chose ; je suis touché, vraiment !

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