La comparution (fragment)

Sans titreNous comparaissons : nous venons ensemble au monde. Non pas qu’il y ait eu production simultanée de plusieurs entités distinctes (comme on va «ensemble» au cinéma). Mais il n’y a pas de venue au monde qui ne soit radicalement commune. Le «commun» même. Venir au monde = être-en-commun. Tout se passe comme si le détournement constant de cette vérité (je ne dis pas son refoulement, ce serait trop simple) constituait la règle permanente de la pensée occidentale (de la philosophie).

 

L’Occident serait ainsi jugé. Mais il se convoquerait ainsi à comparaître : qu’a-t-il fait de la communauté ?

 

Il en aura fait, précisément, une telle Fin absolue, il en aura fait à ce point la Fin, qu’il y aura anéanti tout son arsenal de sens (y compris tous les sens de l’Unique, du Seul…). Cela ne veut pas dire que l’Occident s’est «trompé». Cela peut aussi bien signifier que la question de la communauté, enfin, émerge nue et commune. Mais cette façon de dire – cet «enfin» – reconstituerait encore une finalité, redresserait et ré-orienterait tout le «destin» de l’Occident et du monde. Laissons seulement le monde être monde, et la venue au monde être immanquablement commune.

 

Commune – banale, triviale : nous comparaissons devant notre banalité, devant l’absence d’exception d’une «condition» qu’on a sans doute toujours trop vite baptisée «humaine». – Et commune, «commune» : non pas faite d’une substance unique, mais au contraire d’un manque de substance qui partage essentiellement le manque de l’essence.

 

Jean-Luc Nancy

dans

«la comparution»

Jean-Luc Nancy, Jean-Christophe Baily

Christian Bougeois, éditeur – collection Titres

image http://www.philomag.com/les-idees/entretiens/jean-luc-nancy-la-pensee-est-le-reveil-du-sens-5620

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour La comparution (fragment)

  1. memoire2silence dit :

    Jean-Luc Nancy et Jean-Christophe Bailly interviennent souvent ici, à Strasbourg, tous les deux… et je dois dire que c’est toujours un ravissement de les entendre… aussi brillants que complices… Belle journée Brigitte

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