À la table des cosaques des frontières (2)

28 8 pour cosaqueElle regardait donc.. elle a sursauté quand la porte s’est ouverte pour l’entrée – superbe, pas assuré, tête haute, veste rouge, pantalon noir, comme la plupart de ceux qui étaient là – d’un nouvel arrivé, qui a ôté son casque à queue de cheval, s’est dirigé vers le bout de la table, a claqué des talons devant un vieil homme à veste d’or, un peu usée, ouverte négligemment sur une chemise en partie déboutonnée.

La vieille a côté d’elle lui a chuchoté : «l’altman Dudzinski» et puis en désignant le nouveau venu «je le connais, c’est Hasselmann, le petit-fils de l’ancien altman suprême»

Elle écarquillait un peu les yeux, comme si ça pouvait lui permettre de savoir quels hommes ils étaient, de rattraper son retard, de connaître un peu mieux leur histoire dont elle n’avait que de très brumeuses notions – la vieille a posé la main sur le bras de son voisin qui s’est penché vers elles

«Toi qui a tenu chronique, qui sait tout de nous, ou presque, je te la confie, mets la au courant… Jan Dudzinski a dit qu’elle était des nôtres»

Il a souri – «quand tu voudra»

Elle a hoché la tête pour remercier, «quand vous le pourrez»

et puis elle a regardé ses bras nus posés à côté de la chemise brodée de la vieille, des autres femmes (et les robes de lainage sans manche d’où s’échappaient ces blancheurs)

La vieille – pourquoi pensait-elle la vieille ? elles étaient du même âge, certainement, ou à peu près – lui a dit «oui, mais attend, je ne sais pas, l’altman m’a dit que peut-être… plutôt une veste pour toi»

Elle a levé la tête, étonnée, elle a regardé l’altman.

Il a dit «Tu viendra me voir, dans deux jours, pas avant, quand la réunion sera finie».

Elle se demandait si vraiment elle pourrait être des leurs… elle fouillait dans sa mémoire,… elle en doutait, elle l’espérait, puisque c’étaient là les cosaques des frontières, accueillant aux déracinés, et qu’elle ne se voulait pas de racines, sauf celles des voyages des siens.

photo : Ed. Bollinger, St. Petersbourg

reprise d’un billet paru sur http://lescosaquesdesfrontieres.com/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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