Bancs de coraux

Sans titreLorsque d’en haut vous vous penchez au bord des récifs, des bancs de coraux, vous voyez sous l’eau le fond du tapis, vers d’astrées et de tubipores, les fungies moulées en boules de neige, les méandrines historiées de leur labyrinthe, dont les vallées, les collines, se marquent en vives couleurs. Les cariophylles (ou œillets) de velours vert, nué d’orange, au bout de leur rameau calcaire, pêchent leurs petits aliments en remuant doucement dans l’eau leurs riches étamines d’or.

Sur la tête de ce monde d’en bas, comme pour l’abriter du soleil, ondulant en saules, en lianes, ou se balançant en palmiers, les majestueuses gorgones de plusieurs pieds font, avec les arbres nains de l’isis, une forêt. D’un arbre à l’autre, la plumaria enroule sa spirale qu’on croirait une vrille de vigne et les fait correspondre ensemble par ses fins et légers rameaux, nuancés de brillants reflets.

Cela charme, cela trouble ; c’est un vertige et comme un songe. La fée aux mirages glissants, l’eau, ajoute à ces couleurs un prisme de teintes fuyantes, une mobilité merveilleuse, une inconstance capricieuse, une hésitation, un doute.

Ai-je vu ? Non, ce n’était pas… Était-ce un être ou un reflet ?… Oui pourtant, ce sont bien des êtres ! car je vois un monde réel qui s’y loge et qui s’y joue. Les mollusques y ont confiance, y traînent leur coquille nacrée. Les crabes y ont confiance, y courent, y chassent. D’étranges poissons, ventrus et courts, vêtus d’or et de cent couleurs, y promènent leur paresse. Des anélides pourpres, violettes, serpentent et s’agitent près de la délicate étoile, l’ophiure, qui, sous le soleil, tend, détend, roule et déroule tour à tour ses bras élégants.

Dans cette fantasmagorie, avec plus de gravité, le madrépore arborescent montre ses couleurs moins vives. Sa beauté est dans la forme.

Elle est dans l’ensemble surtout, dans le noble aspect de la cité commune ; l’individu est modeste, et la république imposante. Ici, elle a l’assise forte de l’aloès et du cactus. Ailleurs, c’est la tête du cerf, sa superbe ramure. Ailleurs encore l’extension des vigoureux rameaux d’un cèdre qui a d’abord tendu des bras horizontaux et qui va monter toujours.

Jules Michelet

«La mer»

Publie.net http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501348

image http://protegeonslescoraux.centerblog.net/?ii=1

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Bancs de coraux

  1. Arlette dit :

    Merci pour ces petits extraits que j’apprécie chaque jour , c’est une belle idée
    AA

  2. micheline dit :

    un monde à n’en plus finir au regard des humains

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