Sur le balcon – nuit

Sans titrele plus beau, c’est la nuit — vue du balcon, juste avant de fermer les volets de fer — la mer est toujours claire sous l’horizon — avec des masses plus sombres : ce sont les îles — on se cramponne aux barreaux — l’obscurité autour donne le vertige, surtout quand on lève la tête — le ciel est sans étoiles, à cause des fumées

le port s’étale dans la rade — on en suit de lumière en lumière, lentement, les contours sinueux — on pense à un collier, à des vers luisants, à des étoiles tombées — mais ça n’est pas ça, on n’a pas de mots — on voit bien comme la ville attend tout de la mer — comme elle est tournée vers elle — rassemblée au bord, avec son troupeau de lumières, au plus près de l’eau — c’est la nuit qui montre, qui bavarde — appuie sur tel détail, le rehausse — aux souvenirs de nuit, s’accrochent quelques sons — des pas, des aboiements, les camions — et la grande rumeur de la ville, au-dessus — comme un vent immobile qui nous enferme — on aime entendre la nuit, sa voix — elle rassure, elle berce

en bas, au pied de l’immeuble, un réverbère : ce halo blanc, très triste — la silhouette pressée qui le traverse — du balcon, là-haut, le bruit qui dure longtemps, des talons sur le trottoir — où vont les gens, dans la nuit — pourquoi seuls — la nuit est à la nuit, aux choses — aux animaux parfois, ces chiens, ces chats qui errent — mais pas à ce qui a visage, parole — la nuit rejette les hommes, les chasse — leur reprend les paysages et l’espace, pour elle, pour ce qu’elle aime : la nature, les pierres — et les choses : les constructions, les immeubles, les rues vides, les grilles — les poubelles alignées, les papiers qui volent — c’est la nuit installée, qui habite seule, partout — elle aime les chantiers, leurs grues, leurs machines — elle fait quelque chose des choses, on ne sait pas quoi — elle les grandit, les apaise, les referme — elle les change — on ne reconnaît rien — et les choses ne nous connaissent plus

la mer résiste à la nuit — elle est terne là-bas, épaisse, mais on la voit — avec toujours ce rai plus clair, au fond, à la limite du ciel — la nuit, on se détourne de la mer — elle y est noire et profonde — glaciale, très poisseuse — parfois, elle se déplace — jusque là, entre les pieds, sur le balcon

Michèle Dujardin

Où s’arrête la terre ?

Publie.papier – Publie.net

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504233

image http://www.visitvar.fr/provence-cote-azur/la-nuit-des-musees.aspx

autre rade

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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