sables mouvants

Sans titreLe soleil était sur le point de se coucher ; la marée était basse et tous les sables mouvants découverts ; j’avançais, perdu dans des pensées désagréables, quand je fus tout d’un coup sidéré de remarquer des empreintes de pieds. Elles avançaient parallèlement à mon propre trajet, mais en bas, sur la plage, au lieu d’être sur la frange de l’herbe ; et quand je les examinai, je vis aussitôt, d’après la taille et la grosseur de l’impression, que c’étaient celles de quelqu’un qui était inconnu de moi… Bien plus, d’après l’imprudence du tracé qu’il avait suivi, avançant au plus près des zones les plus redoutables du sable, il était de façon, tout aussi évidente étranger à cette région et ignorait la mauvaise réputation de la plage de Graden.

Pas à pas, je suivis les empreintes, jusqu’à ce que, trois cents mètres plus loin, je les visse s’effacer à la limite sud-est de Graden Floe. Là, le malheureux quel qu’il fût, avait péri. Une ou deux mouettes, qui l’avaient peut-être vu disparaître, tournoyaient au-dessus de son sépulcre en poussant mélancoliquement leur cri habituel. Le soleil avait réussi, dans un dernier effort, à percer les nuages et colorait de pourpre foncé la vaste étendue des sables mouvants. Je restai quelque temps à contempler l’endroit, glacé et abattu par mes propres réflexions, terriblement conscient de la présence toute-puissante de la mort. Je me souviens m’être demandé combien de temps avait duré la tragédie…. j’étais sur le point de m’arracher à ce lieu quand une bourrasque plus violente que les autres s’abattit sur cette portion de la plage et je vis, tantôt tourbillonnant très haut dans les airs, tantôt rasant légèrement la surface des sable, un feutre mou, noir, de forme vaguement conique…

Je crois, mais je n’en suis pas sûr, avoir poussé un cri. Le vent emportait le chapeau vers le rivage et je fis en courant le tour du floe pour être prêt à l’attraper. La bourrasque s’apaisa, laissant retomber un instant le chapeau sur les sables mouvants, puis, reprenant de plus belle, le déposa à quelques mètres de l’endroit où je me trouvais…

Robert-Louis Stevenson

«Le pavillon sur la lande»

dans l’«Intégrale des nouvelles»

publiées par Phébus libretto

image http://lemanoirdessecrets.centerblog.net/1630-les-sables-mouvants?ii=1

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s