anpe

Sans titrePourquoi elle est toute seule, aujourd’hui, la secrétaire. À chacun vérifier le carton (quand on se présente dans les boîtes on leur demande le tampon, notre boulot se résume à ça) — elle va chercher le double dans le bac à fiches, en tenant le premier dans les dents pour ne pas perdre le chiffre en route : elle fait ça chaque fois, combien elle en a mangé, de chômeurs ? Tampon, et au suivant.

Les erreurs : ceux qui ne sont pas venus à la bonne heure, ceux dont la fiche est restée à l’étage au-dessus pour une autre convocation ou remise à jour. Ça bloque une fois sur trois, et tout le monde attend. Comment elle pourrait s’en tirer, s’ils la laissent toute seule, cette fille. Et es cartons qu’elle a posés à côté pour régler aux heures non publiques, c’est encore nous qui ferons le poireau, prochain pointage, si elle a pas reclassé.

Après, tournée des intérims. Ceux pour qui tu as déjà bossé ; une fois et cela suffit pour que la secrétaire soit polie à jamais, ait le sourire pour te dire que : « Non, ils n’ont rien en ce moment, mais sûr qu’ils penseront à vous, si… » Et d’avoir reçu parfois leur télégramme fait que chaque instant peut-être celui où le prochain te parviendra, tu attends. Depuis cinq mois, j’attends.

Moins dix, de cinq heures. Elle regarde sa montre, la secrétaire. M’étonne, après une journée pareille. Plus que huit avant moi, et six derrière. Il n’en vient plus, c’était un embouteillage (on dit ça, pour des gens qui attendent et arrivent en même temps ?). Et ce monsieur-là, planté devant les offres d’emploi comme s’il allait soudain en faire pousser d’autres, avec sa veste qu’a besoin de pressing et sa petite sacoche cirée ; s’il n’a dedans que sa fiche de pointage, m’étonne qu’elle fasse ventre creux. On dirait un représentant, mais de quel commerce ? Et ce n’est pas ici qu’on les recrute. Blanc, si je ne suis pas tout seul, on est combien : un sur quatre ? Et eux, les camarades, ils y portent attention ? Ça fait encore du monde, un sur quatre, sur deux millions à chômer qu’on est. Qu’on ne me demande pas ma carte d’identité, c’est devant eux, et donc bien consciemment petite vexation qu’on leur fait.

François Bon

«Limite»

Publie.net

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503625

image http://www.larousse.fr/encyclopedie/images/ANPE/1004248

 

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour anpe

  1. Micheline dit :

    merci

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