Lettre à William Short

La R.G. Le 7 mai 1791

J’ai eu trop de plaisir à recevoir de vos nouvelles, Monsieur, pour trouver que vous m’ayez écrit trop tôt. En désirant que vous mettiez quelque intervalle entre mon départ et votre lettre, j’ai plus consulté la convenance que mon goût et vous avez dû le croire. J’espère que vous serez content de mon exactitude à vous répondre, mais j’ai voulu vous remercier de toutes vos nouvelles, et que ma lettre arrivât avant votre départ qui j’espère sera lundi ou mardi, comme vous me le mandez ; je voudrais bien qu’il ne fût plus retardé par rien, et que vous vinssiez achever avec nous le reste de votre voyage. Nous sommes bien ici, doucement, tranquillement, à l’abri de tous les orages de Paris, nous faisons une provision de forces pour supporter ceux que nous avons sûrement à essuyer encore dans le courant de l’été. La campagne est belle, fraîche et animée, mais le temps n’ajoute rien à ses charmes, car il est affreux, et cela me désole ; nous nous réchauffons au feu au lieu de l’être au soleil ; j’espère toujours que cela changera. Nous parlons fort peu d’affaires publiques, la campagne donne des idées plus douces que la politique, et nous nous y livrons. Toutes les productions s’annoncent d’une manière superbe ; je compte que la nature nous servira mieux que les hommes, nous avons grand besoin d’être dédommagés par elle.

Nous sommes assez peu au fait de la fin de l’affaire d’Avignon. Le Moniteur nous a appris qu’une majorité de près de deux cents voix avait décidé que la France ne l’approprierait pas ; je ne connais pas encore le décret du lendemain qui détruit en partie celui-là, à ce que vous me mandez. Charles nous mettra au fait de tout cela aujourd’hui, nous l’attendons avec mon cousin La Rochefoucauld, ils doivent arriver pour dîner.

J’ai lu aussi dans les indépendants un morceau sur M. de La Fayette, qui m’a fait grand plaisir, si c’est le même que celui dont vous me parlez, dans celui-là on compare le discours du général à la garde nationale, à celui de Germanicus aux légions romaines, et ce rapprochement est très bien fait ; j’ai cru reconnaître dans le morceau le style et la manière de Mme de Staël, peut-être me suis-je trompée, et c’est un nouveau talent qui commence à éclore…..

Alexandrine-Charlotte-Sophie duchesse de La Rochefoucauld

«Lettres de la duchesse de La Rochefoucauld à William Short»

Mercure de France

collection le temps retrouvé

image http://www.virginia.edu/vpr/sustain/MorvenResearch/blog/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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