Fin mai 1871

Vermorel, les joues d’un enfant, galope d’une barricade à une autre. Il crie, hèle les combattants. Cependant des passages furtifs froissent le jour, des ombres rasent les murs. Après chaque détonation un gamin pousse un cri de joie. Le silence est sombre sur la place du château d’eau quand tombe Delescluze ou que Gambon se réveille jeudi soir, seul à défendre la barricade, autant moi qu’un autre, j’ai déjà vécu. On va du matin au soir, de l’effervescence de la rue à la solitude d’un homme épuisé. Celui-ci tombe, du soleil dans les yeux. Il est de dos à nous, l’écharpe rouge lui fait une aile. On a commencé la journée bruyamment. On la finit auprès d’un héros solitaire qui monte à la mort.

 

Jean-Baptiste Clément écrira beaucoup plus tard qu’il n’y eut pas meilleurs défenseurs de rues que les vieillards et les gamins. Que les héros n’ont pas manqué, ni le sens du sacrifice. Mais que cette intrépidité communarde sembla, après coup, d’ordre décoratif. Qu’on manqua du mépris des choses consacrées et d’initiative.

 

Delescluze s’offre à la mort, drapeau noir planté sur le crâne incliné. Voici venue la fin des choses qu’on voulut, initia, espéra. Ni jouet ni victime de la réaction victorieuse. Le costumede Delescluze est devenu un petit cachot grillagé. La poitrine un couloir étroit, le souffle et les pensées s’y étranglent. Quand on choisissait la vie c’était avec la mort. C’était plutôt excitant. Une glissade dernière, un peu de mystère. Delescluze se cogne aux murs intérieurs. Transformé en chauve-souris. Bestiole grotesque. Je n’ai plus de pieds pour voler. C’est peut-être toujours comme ça.

 

La mort de Flourens est mélancolique, comme celle de Delescluze. Celle des gamins dont parle Clément, vaillants à se serrer contre le mur des fusillades en criant qu’on y croira toujours puisqu’on est côte à côte et qu’on a chaud, est insouciante. Elle est urgente. La cervelle se répand en flaque aux pieds des enfants. Une toute jeune fille embrasse la joue blessée de Vermorel. Le jeudi le jeune homme est amené à Versailles, il mourra lentement de ses blessures.

Marie Cosnay

«À notre humanité»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814596818/a-notre-humanite

Image Flourens http://www.parisrevolutionnaire.com/spip.php?article368

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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