Une jeune fille cachée

Le soleil occupe la place qui lui convient, mon bureau en est baigné comme les toits devant moi fondant effacés. Comment coller le fait, l’événement, à la représentation du fait ? Polynice et Etéocle, après la malédiction du père Œdipe, se battent et meurent l’un à l’autre enlacé non pas parce qu’ils ne savent pas parler (ils essaient de le faire, l’un affirmant que l’injustice est heureuse et l’autre que la justice n’a pas besoin d’arguments) mais parce qu’on ne peut pas atteindre l’objet cherché, parce qu’on parle toujours désespérément d’autre chose, et à côté.

Mais pendant le combat des frères, corps contre corps, la petite sœur regarde, cachée. C’est Antigone. Plus tard, elle mourra pour avoir voulu enterrer celui de ses deux frères à qui Créon refusait la sépulture. Elle inspirera du désir aux vieillards qui la regarderont marcher à la mort. Les vieux évoqueront Eros en plaignant la jeune fille. Antigone est le désir. Le désir qui fait sauter les frontières, qui mêle la vie à la mort, dedans à dehors. En tout cas, qui risque de le faire.

Avant cela, Antigone est au seuil de la scène du combat de ses frères. Enthousiaste elle regarde à la dérobée la lutte à mort. Le regard d’Antigone devant les hommes qui vont se battre rend les scènes à venir (et à imaginer) un peu érotiques.

Combien de jeunes filles cachées à l’abord d’un combat, cavalcade, série épique ? Cordélia silencieuse, au début du roi Lear, permet de nombreuses extravagances — une série de déguisements et de folies. Vénus, déesse de l’amour, dans l’Énéide, cachée / déguisée s’adresse à son propre fils et lui montre une cité en fabrication, une cité qu’une femme construit et à cette femme, Didon, elle donne ce fils qu’elle joue à séduire.

Une jeune femme cachée ou déguisée ou silencieuse ou révoltée ou rusée regarde et promet. Cette jeune femme perverse ressemble à la littérature. Cette jeune femme perverse suscite le désir. Non contente de le susciter, elle en est la métaphore. Bien sûr Didon se consumera dans un brasier et les frères ennemis seront déchiquetés, l’un des deux promis aux oiseaux et aux chiens.

Marie Cosnay

«Dialogue des morts»

Publie.net – temps réel

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814596870

image Théâtre 71 http://demaincommejamais.blogspot.fr/2007/12/thatre-marionettes.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s