À Ernest Feydeau

(Croisset) mercredi soir

(26 octobre 1859)

. Et maintenant, parlons de tes affaires. Est-ce qu’elles sont aussi désespérées que tu les fais ? Quittes-tu la Bourse définitivement, absolument ? N’y trouves-tu plus le moyen d’y gagner de quoi vivre ? S’il en est ainsi, cherche quelque chose d’analogue. Tu connais l’Argent, ne le quitte pas, bien qu’il te quitte momentanément. Car tu es, sous ce rapport, un monsieur à retomber toujours sur ses pattes. Quant à la littérature, je crois qu’elle pourrait te rapporter suffisamment. Mais (et le mais est gros) en travaillant d’une manière hâtive et commerciale où tu finirais bientôt par perdre ton talent. Les plus forts y ont péri. L’Art est un luxe. Il veut des mains blanches et calmes. On fait d’abord une petite concession, puis deux, puis vingt. On s’illusionne sur sa moralité pendant longtemps, puis on s’en fout complètement. Et puis, on devient imbécile, tout à fait, ou approchant. Tu n’es pas né journaliste, Dieu merci ! Donc, je t’en supplie, continue comme tu as fait jusqu’à présent.

Gustave Flaubert

«Correspondance»

choix et présentation de Bernard Masson

Folio classique

Ernest Feydeau – portrait par Chaplin – Wikipedia

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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