Non il n’y a pas d’accélération du temps, et pourtant…

Nous croyons reconnaître une accélération du temps là où il n’y a qu’un éclairement de la réalité, une croissance de la production, une exubérance du devenir, une parousie des télécommunications : de plus en plus de marchandises, de moins en moins de temps de travail, apparition et disparition des choses à grande cadence, suppression apparente des distances… Cette insistance avec laquelle nous confondons temps et vitesse – ou temps et agitation – en dit d’ailleurs long sur notre rapport à la modernité : si nous identifions le temps à la matérialité du changement, au dynamisme de nos actions, au rythme de nos échanges, n’est-ce pas parce que nous croyons que plus il y a d’innovation, plus la réalité se multiplie et se diversifie, plus il y a de temporalité en acte ?

La tendance explosive de nos sociétés semble ainsi conduire à ne plus distinguer le temps de ce que nous produisons en lui. Si cinq cent milliers d’années ont séparé l’invention du feu de celle de l’arme à feu, six cents ans ont suffi pour passer de l’arme à feu au feu nucléaire. À présent, les fabricants proposent chaque année une «nouvelle génération» de leurs produits. Le «périmé» augmente même si rapidement que bientôt la vitesse de la lumière, les pastilles Vichy et surtout les Rolling Stone resteront nos seuls étalons d’invariance.

C’est plus fort que nous : l’idée de vitesse nous fascine. Sans doute y a-t-il quelque métaphysique cachée là derrière : parce que nous avons le sentiment d’être secrètement séparés de nous-mêmes par notre propre attente, nous avons aussi le sentiment que ce qui abrégerait cette attente nous rapprocherait de nous-mêmes.

Voilà pourquoi, chaque fois qu’il est question d’accélération et de rapidité, nous sommes comme des navigateurs sentant se lever le vent et déjà guettant l’horizon, comme si se profilait la terre promise, la fin de l’attente.

Etienne Klein

«Les tactiques de Chronos»

Champs sciences

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A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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