Les affaires

Les biens : valeurs classiques, d’abord, telles qu’explosifs militaires, armes de guerre, devises, alcool, enfants, cigarettes, matériel pornographique, contrefaçons, esclaves des deux sexes, espèces protégées. Puis de nouveaux secteurs, ces derniers temps, paraissaient en pleine expansion. Les organes humains par exemple – reins et cornées prélevés sur les champs de bataille de l’Europe de l’Est, dans les cliniques marronnes d’Amérique centrale ou du sous-continent, sans plus ou moins correct pompé un peu partout – constituaient un marché non moins actif que celui des produits radioactifs traînant en provenance des centrales démantelées de l’Est : uranium, césium et stronium à la pelle, plutonium comme s’il en pleuvait.

Des pavots gigantesques, au rendement miraculeux, croissaient d’ailleurs à toute allure autour de ces centrales désossées, contribuant à nourrir le marché traditionnel des stupéfiants, autre spécialité de la compagnie Monapar. Rajoutez quelque vingt mille marques de faux médicaments, et voilà qui produit masse de bons narcodollars, d’excellents narcomarks indispensables pour entretenir un personnel profus de chimistes, de recycleurs et de sicaires.

Quant aux services, les sicaires tenaient aussi leur partie dans toutes sortes de rackets et de rapts avec rançon, d’extorsions de fonds, taxes à la protection, jeux et prostitution, détournements de subventions au développement, distraction de l’aide internationale ou des fonds communautaires, caisses noires et travail noir, escroqueries à l’investissement, traitement spécial de déchets nocifs, sous-traitances imposées, faillites illicites et fraudes à la politique agricole commune, bref tout un monde.

Oui, le monde et la vie regorgent de choses à faire, et pour qui sait s’y prendre avec méthode ils regorgent d’argent, recueilli par des collecteurs cravatés de clair sur chemise foncée – puis blanchi par une arborescence de casinos et de palaces, pizzerias et salons de coiffure, instituts de massage, lavomatics, stations-services – puis vite sur des comptes inviolables à Bad Ischl, à Székesfehèvàr ou dans les îles anglo-normandes. Mais tout cela, Gloire l’avait déjà plus ou moins lu dans les journaux, elle commençait à se fatiguer de ces explications.

Jean Echenoz

«Les grandes blondes»

Les Éditions de Minuit

collection «double»

image http://www.digitalworld.fr/,10372,a.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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