De l’éreintage

L’éreintage ne doit être pratiqué que contre les suppôts de l’erreur. Si vous êtes fort, c’est vous perdre que de vous attaquer à un homme fort ; fussiez-vous dissidents en quelques points, il sera toujours des vôtres en certaines occasions.

Il y a deux méthodes d’éreintage : par la ligne courbe, et par la ligne droite, qui est le plus court chemin.

On trouvera suffisamment d’exemples de la ligne courbe dans les feuilletons de J. Janin. La ligne courbe amuse la galerie, mais ne l’instruit pas.

La ligne droite est maintenant pratiquée avec succès par quelques journalistes anglais ; à Paris, elle est tombée en désuétude ; M. Granier de Cassagnac lui-même me semble l’avoir oubliée. Elle consiste à dire : «M. X… est un malhonnête homme, et de plus un imbécile ; c’est ce que je vais prouver», – et de le prouver ! – primo, – secundo, – tertio, – etc… Je recommande cette méthode à tous ceux qui ont la foi de la raison, et le poing solide.

Un éreintage manqué est un accident déplorable, c’est une flèche qui se retourne, ou au moins vous dépouille la main en partant, une balle dont le ricochet peut vous tuer.

 

Charles Baudelaire

«Conseils aux jeunes littérateurs»

portrait par Courbet

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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