La chaise en plastique

Depuis six mois je fume dehors. J’aurai vu chaque nuit de l’automne puis de l’hiver et bientôt du printemps. Chaque nuit la cime des arbres. Les branches qui patientent contre des renoncements. Les vents. Les petites pluies. Parfois le crépitement du gel sur les échafaudages. Parfois les battements d’ailes. Parfois les bruits de la ville au loin. La plupart du temps je m’assois sur une de ces chaises de jardin en plastique gris et je regarde les mille nuances de l’obscurité. Je souffle sur mes mains. Je pense à hier et à demain. À mes vingt ans. À ma famille à l’intérieur qui m’attend bien au chaud. À ce que nous construisons ensemble. À nos difficultés. À nos bons jours. Je me dis, il y a six mois maintenant. Je me dis c’est bien d’accepter. C’est bien d’accepter d’assumer. Sinon, à partir d’un certain âge, cela reviendrait à refuser de commencer. Cela reviendrait à refuser de vivre. Et c’est plutôt mieux de vivre, non ? La cigarette me brûle la gorge. Je l’ai fumée trop vite à cause du froid. Je l’écrase satisfait et retourne me blottir contre leurs repirations.

Thomas Vinau

«Nos cheveux blanchiront avec nos yeux»

10/18

une belle photo de François Hiller

http://photoclub.denain.free.fr/index.php?q=Fran%E7ois+Hiller

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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