Saint-Gilles

Une trentaine de kilomètres de bocage plus tard, l’inévitable zone industrielle annonçait Saint-Gilles. Constructions navales destinées à la plaisance et petites unités de production arborées donnaient au poumon commercial local un petit air propret et moins déprimant qu’ailleurs. A contrario, le rond-point de l’Europe subséquent et ses quinze oriflammes passés et déchirés avait piètre allure. Il faut dire qu’ici la fibre européenne n’a jamais trop eu la faveur des électeurs. Et cela n’était pas pour me déplaire, moi qui ne m’étais jamais résolu à cautionner cette mascarade unioniste au service de quelques capitaines d’industrie cyniques et gras. J’adorais me remémorer ma grand-mère, assez réceptive hélas à quelques idéologies faisandées du cru, déclamer sa fameuse sentence : «Les rois parisiens ne nous ont jamais épargnés.»

Par la rue Gautté nous parvenions enfin au Port-Fidèle et à son fameux pont de la Concorde. Depuis mon précédent séjour, le pauvre vieux s’était vu affublé d’une abominable passerelle piétonne qui obstruait tout le panorama. L’appendice gris et massif éclipsait, personne ne s’en plaindra, le casino planté au bout de la promenade Garcie-Ferrande, mais camouflait aussi la naissance des marais salants qui bornaient l’extrémité nord du quai Gorin. Le malheureux pont, symbole de l’union entre Saint-Gilles et Croix-de-Vie, n’en était certes plus à une mutation près depuis sa première mouture en 1835, vingt ans après les Cent Jours.

D’abord pont suspendu à une seule arche, ouvrage métallique à trois arches ensuite, puis simple et discrète voie de communication, il témoignait à lui seul d’un jour faste où les pêcheurs des deux rives décidèrent d’arrêter d’en découdre pour des inepties de clochetons cathos ou parpaillots. Saint-Gilles adhéra pourtant au parti républicain pendant la Révolution (notons au passage que la sémantique du PR a bien changé depuis 1789), mais la liturgie y conserve une sérieuse audience. Il faut savoir qu’ici même la principale estampille locale de sardine à l’huile s’intitule Les Dieux. Cela dit, à leur décharge, lorsque j’étais gosse, c’étaient les seuls clupéidés en boîte qui ne me revenaient pas… Pas plus que les curés en somme…

Il suffît de passer le pont, pont, pont…

Jean-Luc Manet

«Terminus, plage de Boisvinet»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504493

image Wikipedia

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Saint-Gilles

  1. «Les rois parisiens ne nous ont jamais épargnés.»

    Adorable grand-mère!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s