L’entre deux guerre – soleil couchant

Je pensais sans crainte à la mort, à la maladie, mais ma pensée ne fut même pas effleurée par la moindre image, fut-ce la plus lointaine, de ce que j’avais encre à éprouver : que je serais sans patrie, que chassé, traqué, banni, j’aurais à nouveau à errer de pays en pays, à travers des mers et des mers ; que mes livres seraient brûlés, interdits, proscrits ; que mon nom serait mis au pilori en Allemagne comme celui d’un criminel et que ces mêmes amis dont les lettres et les télégrammes étaient devant moi sur ma table pâliraient s’ils me rencontraient par hasard ; que pourrait être effacée sans laisser de traces ce que trente ou quarante années de persévérance avaient produit ; que toute cette vie édifiée, solide et en apparence inébranlable pourrait s’effondrer en elle-même et que, près du sommet, je serais contraint de tout recommencer du début, avec des forces déjà un peu diminuées et l’âme troublée.

Stefan Zweig

«Le monde d’hier»

traduction de Serge Niémetz

Belfond

image http://www.lexpress.fr/quiz/culture/livre/connaissez-vous-stefan-zweig_1084913.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour L’entre deux guerre – soleil couchant

  1. En ces temps modernes l’homme et l’auteur que sont Zweig sont présents et n’ont pas été relégués aux oublis des guerres

  2. francisroyo dit :

    Le ton si humain de Zweig face à ce qui ne l’était déjà plus.

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