La tradition

Les danses traditionnelles ne sont pas sorties de nulle part. Elles correspondent à un événement ou au rêve d’un vieux à une époque donnée. Il n’y a donc aucune raison de ne pas en créer aujourd’hui à partir d’événements actuels. C’est une façon d’écrire l’histoire, le vécu des chefferies et des tribus. La danse que nous allons créer aujourd’hui sur la base d’un fait récent restera comme un témoignage de celui-ci pour les générations futures. C’est ainsi que l’on constitue un patrimoine dansé pour demain. On dit souvent que la transmission n’est plus ce qu’elle était. Mais ce n’est pas que nos vieux refusent de donner ce qu’ils savent, bien au contraire. C’est que nous, les plus jeunes, nous ne les sollicitons pas. Au Wetr, lorsque nous avons débuté nous sommes allés récolter des éléments auprès de nos vieux, et il y en a même un du district de Gaïcha qui nous a appelés. Il nous a dit : «Je connais une grand-mère de chez vous qui s’est mariée dans notre district et qui possède une danse du district de Wetr. Comme je vois que vous aimez la danse et que vous voulez la faire vivre, je vous rends la danse de votre grand-mère.» Ce qu’il a fait, en nous la retournant coutumièrement. Mais il arrive aussi que certaines danses disparaissent avec leur propriétaire légitime, un grand chef, par exemple. Parce que si celui-ci ne les a pas transmises coutumièrement, personne n’a le droit d’y toucher. C’est ainsi que beaucoup de danses très anciennes ont été perdues. Ce qui fait qu’une danse est traditionnelle par rapport à d’autres formes de danse, c’est son caractère sacré. On ne danse pas n’importe quoi, n’importe comment. Lorsque nous nous apprêtons à partir pour danser, que ce soit chez nous ou dans une manifestation extérieure, on fait les gestes qu’il faut pour demander la bénédiction de l’esprit afin que celui-ci nous accompagne. L’expression de la danse, ce que le public voit, c’est le fruit de toute une préparation rituelle. La danse commence, pour nous, bien avant ue nous soyons sur scène, ici ou ailleurs…

Lorsque des non Kanak cherchent à imiter notre façon de danser, cela me gêne un peu, mais qu’ils s’en inspirent dans le respect de la culture Kanak relève pour moi d’une notion de partage entre nous. La chorégraphe métropolitaine Régine Chopinot vient de passer quinze jours avec nous. Elle a travaillé à sa manière à une création avec un groupe constitué de jeunes du Wetr et d’autres districts de Lifou. Ce groupe nous l’avons appelé Eke Eny, ce qui veut dire «Quatre vents», parce que, selon le souhait de la chorégraphe, il n’a pas répété dans une salle, mais en pleine nature. Après le départ de Régine Chopinot, notre chorégraphe, Moïse Kulesine, a finalisé cette création à la manière du Wetr et nous l’avons présentée à Lifou dans le cadre du Festival des arts mélanésiens. Voilà un exemple de collaboration entre nous, troupe de danse traditionnelle, et une professionnelle, non Kanak, de la danse. C’est pour nous qui sommes un tout petit pays, une façon d’exister dans le monde.

Umuissi Hnamano

extrait d’un entretien dans MWA VÉÉ n°70

journal de l’Agence de Développement de la Culture Kanak – 2010

repris dans programme de Very Wetr pour le Festival d’Avignon

image http://www.sceneweb.fr/2012/07/regine-chopinot-et-la-compagnie-caledonienne-du-wetr/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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