Dans les immeubles c’est gardienne qu’il faut dire

 Parce que ses parents m’avaient demandé de le surveiller, comme ça, de loin, d’un œil (ça n’aimerait pas qu’on mette leur nez dans leurs affaires oh je sais). La petite dame je l’aime bien. Elle avait un ventre gros comme ça, et peine à le porter devant elle. Elle avait pris l’ascenseur et descendu ses quatorze étages pour venir à ma loge. Il serait tout seul de cinq jours son rejeton (jeton tout court, faux creton, bandit brigand pirate, délinquant, délictueux, graffitueux, arraisonneur, adolescent, réfractaire, indocile, dissipé, récalcitraire infâme, fripons, fripouillons, carabins, crêpes, musclauds, engouloux, crapouillis, bricoleurs tous ils font que des bêtises). Juste pour voir et savoir si tout allait bien, précisa-t-elle. Comme si Desdémone Bertrand, gardienne, avait jamais laissé quelqu’un dans le besoin. Je lui ai dit : «Ma soupe est toujours prête, s’il veut manger avec nous c’est plaisir.»

Et je n’ai rien dit de ce que je pensais de ces gargoulins qu’on voit dévaler et qui se croient tout permis, même d’écrire sorcière sur mon mur ou de casser mes plafonniers et de gribouiller les boîtes à lettres. Quatorze ans c’est tout malfrats (forban, canaille, coquin, malandrin, escarpin, libertin, insoumis, graine de prison, aventuriers, gangsters, malfaiseurs, espoirs de la pègre, escarpeurs de brigaboule) et pas un qui en rende à l’autre. J’ai dit à la petite dame que bien sûr je regarderais, de la loge c’est facile.

Donc je suis montée au quatorzième à l’heure de midi, lui proposer de venir manger avec nous, à son rejeton. J’ai frappé et sonné, rien, pas de réponse. J’ai quand même un passe (ça n’ouvre pas leurs portes blindées qui sont de mode, et les six verrous de sécurité qu’ils se rajoutent) mais chez ces gens-là la clé a ouvert tout de suite.

Pas de bruit. J’ai avancé dans le couloir, je suis venue jusqu’au séjour : il était là, leur gargoulin (barbouilloux, bringuebouilleux, dérapoux, raccord de pompe, birbounot, orgueilleur, palpiteux), la mine blanche et une couverture au menton. Et ça roupillait comme s’il avait cinq nuits à rattraper. Va mon diable (diabolo, sataneur, pieds fourchus, proie d’enfer, jeunesse dorée, adolescents démoniques) j’ai pensé, c’est pas la faim qui te fera remuer….

François Bon

«Dans la ville invisible»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503007/dans-la-ville-invisible

image http://www.butterfly-over-services.com/category/chantiers

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Dans les immeubles c’est gardienne qu’il faut dire

  1. nanamarton dit :

    Tellement enthousiasmée par cet extrait (cela faisait un bail que je n’avais pas lu FB, pas depuis Tous les mots sont adultes et Mécanique) que je viens d’acquérir le titre sur Publie.net.
    Merci !

  2. francisroyo dit :

    Il est bon notre François, non !?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s