après la visite des caves de Lille

Oui, savez-vous… ce qui sort de vos institutions de banque, qui ne sont pas de réelles institutions de crédit, de vos monts-de-piété qui font l’usure, de la part trop grande faite au capital dans les fruits du travail de la part plus grande faite à la spéculation, de ce jeu aveugle de la dette flottante, de ce luxe insensé des armées permanentes, de cette absurdité de la paix armée, de tous vos systèmes politiques depuis trente-deux ans, de vos systèmes économiques, de vos systèmes prohibitifs, savez-vous ce qui en sort ? Deux misères. La misère de l’État et la misère du peuple. Songez-y, hommes politiques, la misère du peuple, c’est à dire l’émeute ; la misère de l’État, c’est-à-dire la banqueroute !

Il n’y a pas d’autre question que celle-là. Sortons des illusions. Revenons au vrai, messieurs. Que ce grand débat de la détresse publique nous ramène aux réalités. Tenez, voulez-vous que je vous le dise ? Tous les bons citoyens ont le coeur serré. Et savez-vous pourquoi ? C’est parce qu’au lieu de voir dans tout le corps social cette activité qui suit les lois d’organisation, on y constate cet affaissement qui suit les lois de compression ; parce qu’on ne sent pas, au-dessus du gouvernement, votre action fécondante et suprême, la grande pression démocratique qui appartient à une assemblée née du suffrage universel ; parce qu’il semble en particulier que votre autorité, la plus haute de toutes, s’amoindrit à plaisir ; parce que le temps se perd, parce que, permettez-moi la franchise de ce langage, on ne flatte pas les grands pouvoirs, parce qu’au lieu d’assister à de salutaires travaux de réforme et d’utilité publique, on assiste à des luttes sans dignité et sans portée.

Victor Hugo

discours (non prononcé) rédigé à la suite d’une visite

organisée le 20 février 1851 par Adolphe Blanqui

dans

«le droit et la loi et autres textes citoyens»

10/18

image http://www.histoire-image.org/pleincadre/index.php?i=439

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour après la visite des caves de Lille

  1. francisroyo dit :

    Le plus épatant (et le plus effrayant, navrant…) c’est que cela aurait pu être écrit aujourd’hui. Pas un mot à retirer ni à ajouter hélas.

  2. Hugo le Nostradamus : la misère du peuple, c’est à dire l’émeute ; la misère de l’État, c’est-à-dire la banqueroute

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