Au grenier

Le couvercle soulevé, on vit paraître ces lignes d’une écriture serrée noire de poussière et d’encre, à peine lisibles dans l’obscure fraîcheur des combles qu’épiçaient les émanations s’échappant de la bonbonne de verre, d’osier, énorme, posée dans le coin le plus sombre de l’aire, juste sous l’une des poutres maîtresses sans doute tirée des grumes qui s’entassaient à l’abord du bois, là-haut, tous les ans, et que de rudes petits hommes chargeaient sur des charrettes basses à grand renfort de grognements, de souffles courts, dans un affrontement quasi sexuel avec la matière, emportant ces fûts à la scierie où, des jours durant, à l’aide de lames longues et larges, de bras noueux, on les débitaient en planches, en chevrons ensuite laissés à sécher derrière, sur le domaine s’étendant tout du long des bâtisses abritant les scieurs, en tas parfaitement équilibrés, pensés, élaborés de manière à ce que l’air, le temps, le soleil puissent faire leur travail, débarrasser tout ce bois de son suc, en faire quelque chose de dur, de droit, d’osseux, de presque imputrescible, qui pourrait tenir tête aux années, à leur enfilade cependant qu’eux, les hommes qui avaient mis à genoux les arbres, les petits hommes trapus chargés du transport, les scieurs, les charpentiers qui suivaient, seraient déjà morts depuis bien longtemps, enterrés, pourris, oubliés, glissés en terre pour certains dans un cercueil fabriqué à l’aide des planches de chêne qu’eux, les forts à bras maintenant vaincus par le temps, avaient façonné ; bonbonne dans laquelle on devinait un alcool blanc, puissant, de mirabelle ou de prune, dormant là aux côtés de ces feuillets, les caressant de ses effluves, les enlaçant, les enivrant, leur racontant cela, les arbres fruitiers cette fois, les fruits que nous cueillions à grands renforts de gaulées, de bâches étalées dessous les arbres, de paniers que les mains des adultes, des enfants recrutés pour cette tâche, finissaient par remplir….

Daniel Bourrion

«Incipit»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501546

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Au grenier

  1. Arlette dit :

    AH!!! les odeurs… Tout un univers de sensations et d’images

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