La digue

C’est parce qu’on la connaît par cœur qu’on ne sait jamais où on va quand on est sur la digue, on s’efforce de continuer, par pans, par bouts, parfois par blocs, ça s’éboule, ce qui semble certain c’est que de l’intérieur la résistance devient plus forte, celle-là même qui fait tenir – falaise d’éboulis.

 

À côté des choses, à côté de soi, un poids plus lourd, ce qu’il faut traîner ; on fait la digue le monde sur les épaules, au-dessous, au bord, on ne sort de rien, et quand l’air semble passer à l’intérieur, on s’étrangle.

 

Peu d’usure de la digue, sinon celle qu’exerce la mer, un effort constant, régulier : sous les pas rien ne cède hors le temps, et ne s’use que la limite du corps qui pousse, jusque-là au moins maintenu en vie.

 

Des espaces blancs, à côté des moments de silence, on balaie les choses du regard, elles vont de façon oblique, par pans, par intervalles, c’est ainsi qu’on les rencontre, on se traverse, et puis on retourne au silence.

 

Avancer en soi en éloigne la limite ; horizon racorni, falaise, mur des villas haut dressées dans le ciel : autant d’espaces sans fin. Chaque regard se replie, se perd en partie – on donne souvent pour du vide ce qui est trop large. Être à la mesure de son étroitesse : l’intérieur n’a pas de bout ; certains jours on se demande si ce qu’on croit saisir de lui ne nous protège pas de nous-même.

Ludovic Degroote

«La Digue»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506305

photo http://www.vacanceo.com/albums_photos/voir-photo_140641.php

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s