Action writing

Aujourd’hui, je vois cette écriture apparemment désordonnée comme une sorte d’action writing. De même que dans l’action painting, la surface de la toile n’enferme pas l’œuvre dont les lignes et les taches se prolongent virtuellement hors limites, de même la page, ici, n’est plus l’espace où commence et finit le texte, lequel, précisément, est «incessant» et se trouve en continuité avec le «texte» du monde. Comme chez Pollock, c’est le geste, le mouvement énergétique, qui domine, brouillant les possibilités figuratives – les clichés – qui encombrent la toile ou la page avant que rien n’ait commencé. Peinture – écriture – «catastrophe» : le rythme est trouvé au plus près du chaos. Passage du vertical – le chevalet, le vers – à l’horizontale – le sol, la ligne de prose qui, bien sûr, n’est plus fil mais écheveau. Le contour narratif est englouti dans le fourmillement de notations aléatoires qui conjurent le stéréotype à l’affût dans chaque mise en forme réfléchie. Le dynamisme physique domine et noie l’élaboration intellectuelle, la construction narrative. Car ce qui compte, ce ne sont pas les formes – les référents, les éléments descriptifs ou narratifs – mais ce qui est entre, l’emportement de l’élan qui les fait vivre un instant, puis les efface.

Autrement dit, il s’agit moins, ici, d’une écriture de la métaphore que de la métamorphose : tout change toujours et toujours recommence, ne cesse de se transformer dans chaque forme nouvelle en un perpétuel surgissement qui n’est rien d’autre que celui du présent. D’où l’importance rythmique de la virgule, l’unique signe de ponctuation de tous ces livres. Marqueur typographique du passage, elle scande le glissement continu d’une notation en soi banale, à une autre, le mouvement qu’elle ne cesse de contenir et de relancer interdisant l’arrêt sur l’une ou l’autre, et leur accumulation produisant un poudroiement – un clignotement – d’où se dégage globalement une vision du réel, comme dans l’impression photographique, le tramé de points blancs et noirs, insignifiants en eux-mêmes, se confondent pour faire «image» avec le recul. Une vision qui, cependant, n’est pas fixe mais mouvante, cinétique – cinématique : le texte ne relève plus alors de la composition, de l’organisation concertée, de l’articulation de moments privilégiés, mais du montage, de l’enchaînement non concerté de moments quelconques, pour reprendre le vocabulaire de Deleuze.

Jacques Ancet

«Parler la douleur»

avant «Le silence des chiens»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502581

photo http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/ancet.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Action writing

  1. Arlette dit :

    Le parallèle est intéressant et si juste … il fallait oser !!

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