Thalès dans le puits

«…. Thalès, occupé à mesurer le cours des astres, et regardant en l’air, était tomé dans un puits. Une servante thrace fit cette plaisanterie, parfaitement dans la note et bien tournée, que dans son ardeur à savoir ce qu’il y a dans le ciel, il ignorait ce qu’il y avait devant lui, même à ses pieds..» Platon – «Théétète» – traduction M. Nancy modifiée

La tête dans les étoiles… L’image vient de loin, qui fait du penseur un égaré en ce monde, incapable d’esprit pratique. Faut-il donc choisir entre les choses du ciel et celles de la terre ? Étrange et gauche, le géomètre astronome et philosophe donnera sa légende repoussoir au pragmatisme ordinaire. Un puits légendaire absorbe en son eau profonde l’ascension vers l’azur.

La pensée qui élève s’inscrit-elle dans les limites quotidiennes ? Elle les dépasse d’abord, pour y revenir et en prendre la mesure. Il faut rêver, pour penser patiemment les choses et apprendre à les voir. On les retrouve alors non comme un spectacle ordinaire où s’organise la nécessité habituelle et auquel, à la longue, on ne prête qu’une attention machinale. Mais comme un spectacle étrange, extraordinaire, dont on s’étonne. Le regard se détourne des occupations ordinaires de la vie. Et il s’attarde aussi loin qu’il peut se porter. Il scrute le ciel, l’horizon, la secrète disposition de ce qui est. Il invente les géométries célestes, découvrent les lignes qui relient les étoiles. L’ordre du monde, son harmonie, que l’on appela cosmos, s’offrent à l’intelligence attentive.

Speculatio, en latin, est comme theoria en grec, le mot qui dit la vision libre, attentive et pénétrante, délivrée de tout autre intérêt que celui de savoir pour savoir. La spéculation ainsi comprise n’a rien d’arbitraire. Elle n’est pas l’indice de quelque perversion du penseur solitaire que son souci d’indépendance fait passer pour méprisant et hautain. Contempler le ciel, c’est chercher le bel ordre qui régit le tout. Dans la nuit, les étoiles composent la trame immémoriale de leurs figures multiples et les yeux se surprennent immobiles. La souci du vrai fixe les repères. Une sagesse nouvelle, à hauteur d’homme, esquisse ici son programme. Le ciel descend sur la terre, et celle-ci monte vers lui……

Henri Penna-Ruiz

«Le roman du monde – légendes philosophiques»

Champs-essais

image http://did.mat.uni-bayreuth.de/~wn/thalesmensch.html

 

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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