Une critique

On estimait donc que ce que j’avais fait était suffisamment important non seulement pour être publié, mais pour faire l’objet d’une critique ! Ce fut avec un mélange de satisfaction intime et de sentiment de culpabilité que je parcourus ces articles. Ils étaient incroyablement bienveillants, mais je trouvais leurs éloges mortifiants pour la plupart, et déconcertants dans certains cas. Cependant, à la longue, je tombais sur une notice qui me fouetta le sang : «Quand Mrs Wharton, écrivait le critique condescendant, aura appris les rudiments de son art, elle saura qu’une nouvelle doit toujours débuter par un dialogue.»

«Toujours» ? Je me frottai les yeux. Qui était donc ce critique professionnel, pour prétendre que les oeuvres d’art devaient être produites selon un seul procédé, et qu’il y avait une formule fixe pour la composition de toute nouvelle écrite ou à écrire ? Même moi, je savais déjà que c’était ridicule. Je n’avais jamais consciemment formulé les principes de mon travail, mais j’y avais profondément réfléchi durant mes années d’expérimentation, et cet insigne commentaire me rendit l’immense service de me pousser à donner une forme axiomatique à mes précédentes réflexions. Chaque nouvelle, comme chaque oeuvre d’art, je le comprenais maintenant, contient un germe particulier qui décide de sa forme et de ses dimensions, et ab ovo est la seule règle que doit se donner l’artiste. Je me senti aussitôt libérée à jamais de l’épouvantail du critique omniscient,rme axiomatique à mes précédentes réflexions. Chaque nouvelle, comme chaque oeuvre d’art, je le comprenais maintenant, contient un germe particulier qui décide de sa forme et de ses dimensions, et ab ovo est la seule règle que doit se donner l’artiste. Je me senti aussitôt libérée à jamais de l’épouvantail du critique omniscient, et même si je fus toujours intéressée par ce qu’on disait de mes livres, et parfois (quoique rarement) éclairée par un commentaire intelligent, rien ne m’a jamais conduite à agir contre mon jugement, n ne m’a fait dévier d’un pouce de ce que je savais être la «vraie bonne» voie.

Edith Wharton

«Les chemins parcourus»

10/18

image http://dwell-in-possibility.blogspot.fr/2012/03/expatriates-in-paris-edith-wharton.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Une critique

  1. Arlette dit :

    Quand les critiques confortent ce que l’on sait être juste!! fi ! aux donneurs de leçons

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