Devant l’«oeuvre» de Quignard

De fait l’œuvre d’art défait non seulement les classifications, que sans en éprouver aucune peine, elle déçoit, mais elle dissout aussi le temps, entendu comme temps historique, c’est-à-dire comme succession d’événements. Aborder ainsi l’œuvre comme un catalogue n’est pas seulement un erreur grossière : c’est un déni de l’œuvre en tant qu’elle est à la fois mouvante et vivante, du moins dynamique et, par là, jamais réellement ni terminée, ni commencée.

Lorsqu’on lui demande d’ailleurs s’il a conscience de son œuvre se bâtir, Pascal Quignard est clair : il ne peut répondre à cette question ; œuvre, opus, ouvrage, ça ne colle pas ; plutôt un chaos.

Quelle peut-être par conséquent notre tâche ? «Lisant un livre, que sommes-nous ?»

Assurément, il serait là aussi erroné d’envisager pouvoir tirer ou mieux extraire de telle ou telle œuvre un sens (nous n’aurions pas cette faiblesse-là), et encore moins une structure. Tout au plus peut-on espérer désigner des couloirs de progression, des cheminements voire des agencements, ouvrir des fenêtres sur des espaces de lecture au sein desquels, peut-être, pourrait clignoter ou respirer une parole.

Il s’agit de dire, c’est-à-dire se mettre soi-même à l’écoute du texte, se mettre à sa hauteur et bien vouloir «travailler» avec lui, travail long et difficile, et dans le mouvement duquel, qu’on peut aisément nommer friction, peut résonner un échange. Dire, se mettre à l’écoute du texte, je sens bien que ces mots sont aussi trop faibles, et si peu concernés. Ne vaudrait-il pas mieux l’exprimer ainsi : Il s’agit d’écrire, c’est-à-dire lire le texte ? Il me semble qu’ainsi c’est déjà mieux.

Benoît Vincent

«Le revenant – sur Pascal Quignard»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502567

image http://carnetsdesel.fr/carnet-de-rencontres/decrivains/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Devant l’«oeuvre» de Quignard

  1. Arlette dit :

    Je retiens pour mon entendement
    aime assez : « des couloirs de progression , des cheminements , des fenêtres sur des espaces de lecture »

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