Solitude – écrivant – attendant

Peu à peu, non pas les habitudes, mais ma façon d’être a instauré mes manières… Faire tomber un peu de cendre à côté du cendrier… Mes archives à main droite, des bouquins devant et à gauche… Sur mon bureau une petite tête de terre, tête de mort, d’homme desséché, c’est dans le visage, les veines, les orbites, le crâne saillant, tout l’homme décalqué… Je reste souvent là à fumer. Sans rien faire. Juste là. C’est suffisant. Ça doit déjà être quelque chose, puisque si quelque chose arrive je suis dérangé. Je note sans cesse nos efforts nos besoins. Nos tensions vers nous-mêmes.

Ce n’est pas un devoir. Je dis nécessité mais rien n’est moins sûr vu l’autorité de mon orgueil.

Je fais tant d’efforts que fait l’homme, bien plus qu’il ne faudrait pour se maintenir. Rien de pire que l’espoir et l’orgueil nous mènent dans nos dernières résistances, usent de notre volonté, et abrasifs pour le corps, l’épuisent. C’est notre propre fatigue que nous produisons.

Une pièce nue soit quelques mètres. Quelques mètres pour concentrer mes efforts, aggraver mes manies… sous l’alternance des jours. Bleus. Noirs. L’orage parfois qui avance. Devant ma fenêtre. Soit.

Devant ça rectangle et moi en rond penché sur la fenêtre la table. A travailler. A pas s’en sortir sûrement à pas s’en sortir!… Dans les 28 mètres carrés de carreaux de terre brute à pas s’en… à forcer comme ça pas s’en sortir. Mais il me faut cette dépense, collé au carreau de la fenêtre.

Je m’obstine je force. Je sais quelque chose. J’ai mon gargouillis ma base mon limon qui me poussent. Voilà.

Mais ça me sert à rien de penser. Plutôt écouter mes yeux mes oreilles. Me laisser aller moins de bêtises en écoutant seulement. En sentant seulement. Ici je ne pense plus et seul, moins de peurs car j’en ai eues. Des terribles plus que du plomb liquide plus que pesantes dans le corps. Les mêmes toujours vastes toujours. Arides épaisses.

Ici je suis plus silencieux. Face à la plaine je dois y être moins froid. Moins sec. Sévère mais moins froid.

Dans mes 28 mètres… tout un monde… le bleu du ciel et les tournesols jaunes… au-delà…

Fred Griot

«Sous la lampe»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501744

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Solitude – écrivant – attendant

  1. Matière à réfléchir : C’est notre propre fatigue que nous produisons.

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