vie parisienne

Je rentre à l’hôtel en fin d’après-midi pour une sieste tardive après avoir renoncé, une fois de plus au programme culturel que j’e m’étais vaguement promis de suivre. Je remarque d’ailleurs, au fur et à mesure de mes séjours parisiens, un changement de plus en plus évident. Jusqu’à l’année dernière, chaque fin de semaine passée ici était placée sous le signe de la boulimie : il s’agissait de s’en mettre plein les yeux, des films, des livres, des expositions, des lieux, des rues, des cimetières, des noms, des visages, des cafés. Depuis quelque temps, si j’étudie avec autant de soin L’Officiel des spectacles dans la semaine qui précède ma venue, si je trace avec autant de minutie mes itinéraires sur mon plan de Paris, si je liste avec autant d’application les films invisibles à voir et les livres introuvables à trouver, je n’aspire qu’à une chose : me retrouver peinard et seulabre dans ma chambrette à ligoter, à croiser les mots de Robert Scipion, à écouter la soirée de football à la radio et à notuler, atteignant ainsi, comme en ce moment (20 heures 19, chambre 41 ), une sensation de bonheur parfait. On me rétorquera que, si mon bien-être ne tient qu’à ça, je n’ai qu’à louer une chambre de temps en temps au Formule 1 à Épinal : ça me coûtera moins cher et si je me fais piquer mon portefeuille, comme ça m’est arrivé ici, je pourrai rentrer à pied. Oui mais. Oui mais il y a le voyage. Quatre heures de train aller, quatre heures de train retour, ça laisse le temps d’en abattre et d’en écraser : je n’ai pas forcément hâte que le TGV s’arrête à Épinal. Oui mais il y a l’hôtel, un hôtel, pas un cube à sommeil, la gentillesse de Larbi et Hicham, les réceptionnistes, qui, pour moi qui n’ai d’autre mérite que d’être un client fidèle et discret, dérouleraient le tapis rouge quand j’arrive s’il faisait partie du mobilier de la maison et qui me bénissent quand je m’en vais. Oui mais il y a mes contraintes existentielles, qui, comme les contraintes formelles, sont source de création, de libération et de plaisir : le séminaire Perec, la sensation de connaître de mieux en mieux un homme et une oeuvre qui en valent la peine, la chance de côtoyer un milieu de cadors qui oublient pour la plupart de faire les bégueules, et mes deux chantiers interminables, mon Atlas de la Série Noire et ma Mémoire louvrière. Oui mais il y a Paris, Paris derrière la fenêtre de ma carrée mais Paris tout de même, Paris où je respire bien, où je dors bien, où je trouve mes idées de chantiers à venir, Paris où j’écris comme nulle part, sans difficulté, non, ce n’est pas cela, j’écris toujours sans difficultés, mais où j’écris bien, où, du moins j’ai la sensation d’écrire mieux qu’ailleurs même si cette phrase semble prouver exactement le contraire.

Philippe Didion

«Notules dominicales de culture domestique»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501195

image http://pratique.mappy.com/bonnes-adresses-paris-12eme-arrondissement-75012/vie-pratique/pharmacie/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour vie parisienne

  1. Paris l’inspiratrice de tous les instants. Bel hommage en peu de mots mais combien délicieusement choisis à la ville que nous chérissons tant même si parfois elle nous crée de gros soucis.

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