Me voilà Homais..

Je fais de plus en plus de déductions. Je crois que parce que x alors y et que certaines conditions permettent d’obtenir certains résultats. La perspective de relier tout avec n’importe quoi m’apporte des reflets de satisfaction qui, sans m’éblouir, distraient ma platitude. Je me penche sur les choses avec une sollicitude qui finirait presque par écraser son objet si la persévérance l’habitait. Je me sens habilité à ruminer en silence puis à tracer à grands traits des figures qu’aucun lilliputien n’aimerait habiter. Un jour, mon ami ancien puis nouveau puis bientôt de nouveau ancien, l’irascible Gustave F., me dit : «Vous vivez dans un enfer de merde, je le sais, et je vous en plains du fond de mon coeur.» Et moi, tout ce que je trouve à lui répondre, un doigt coincé dans le noeud de ma lavallière, c’est : «Constatons qu’aucun événement fâcheux n’est venu troubler cette réunion de famille.»

D’une phrase d’une seule me voilà devenu ce que je suis, me voilà Homais à deux cents pour cent. Saprelotte ! comme dit mon ami.

 oooOooo

 Je m’observe désormais par en dessous, dissèque la queue de mes pensées pour en analyser les caudales niaiseries, guette dans ma cornée l’image inversée de ce monde que je voudrais mettre en barrique, convaincu qu’une éternité de saumure lui apprendrait la bienséance, et tant pis pour l’odeur !

Au début, je trouve franchement odieux cet ectoplasme qui se veut en moi plus rigide qu’un oeuf à repriser dans la chaussette à figure humaine que je promène à mon insu. Ses interventions me sont des plaies que touille son rire de ventriloque. Je parle le homais de plus en plus couramment. Par exemple, si je vois une vieille femme tomber dans la rue, poussée par le vent, au lieu de venir à son secours et de la relever, je reste planté où je suis, j’ouvre grand le trou de ma bouche et je gueule : «Honneur à ces esprits infatigables qui consacrent leurs veilles à l’amélioration ou bien au soulagement de leur espèce !» Le pire, c’est que je prends goût à la disparition de mon ancien moi, comme si, comme si, je ne sais pas ! Peut-être que l’ancien m’agace et que le nouveau me séduit, d’où ce drapeau conquérant que je plante sur les terres du milieu. Et puis, tous les matins, je me réveille heureux avec en tête cette excellente pensée : «Cela nous prouve les irrégularités sans nombre du système nerveux.»

Si c’est ça, mon enfer de merde, je porte un toast à ses flammes.

Claro

«Madman Bovary»

Babel

image http://www.dfarmacia.com/farma/ctl_servlet?_f=37&id=13057703

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article, publié dans lectures, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s