Ouverture du VIe congrès de l’Internationale Communiste

Ce n’est pas tout. Il y a, dans cette enceinte, de la machinerie. On discerne les projecteurs avec leur gros crâne métallique et leur énorme masque qui n’est qu’une rétine striée, tantôt obscure, tantôt flamboyante, et avec leurs jambes squelettiques. Ils sont plusieurs, installés sur le plancher de la scène, qui est l’étage du Presidium et des orateurs, ou devant cette scène. Les petites boîtes noires des microphones sont posées devant les places des orateurs. Tous ces appareils sont reliés à des sources par des fils et des câbles, dont quelques-uns traversent l’espace et dont les autres serpentent par terre comme les cordages sur les ponts des navires. On voit aussi tant le mécanisme des récepteurs doubles que les assistants rangés sur les fauteuils d’orchestre assujettissent autour de leur tête. Il se dessine de la sorte une silhouette d’usine dans le ci-devant théâtre, ou bien il semble qu’on va jouer un drame scientifique dans ce temple, avec l’enseigne du marteau et de la faucille sur la peau du drapeau rouge.La séance s’ouvre. Dans les stalles de la salle sont rangés, en files symétriques et silencieuses, ordonnés comme dans une boîte, ceux qui vont écouter et discuter pendant un mois. Devant eux s’élève la scène et an milieu de cette grande estrade est la tribune. De chaque côté de la tribune, des tables. Au-dessus, deux autres assises superposées. Un buisson compact et géométrique d’hortensias, sur toute la largeur, puis une table avec un tapis rouge qui occupe également tout le diamètre de la scène. Derrière cette longue table dominante est une rangée de fauteuils vides, sauf celui du milieu où se détache un homme qui est debout et qui, dans le spacieux silence qui s’est fait, se met à parler.Il n’y a pas beaucoup d’éclairement : les grands lustres multipliés qui pendent tout autour du décor carré de la salle, n’éclairent qu’eux-mêmes. Cet homme qui s’ébauche et dont on entend la voix, et qui semble tout petit dans l’ampleur décorative de cette enceinte, apparaît au sommet de l’assemblée comme s’il en était la tête et la figure. C’est Boukharine, président de l’Internationale Communiste.

Henri Barbusse

«Russie1930»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506176/russie

image http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.com/2011/05/les-avant-gardes-sovietiques-et-le.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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