ateliers d’écriture

La grande salle de la prison n’était plus la prison. Haute de plafond, les murs en béton peints en bleu pâle, éclairée de quatre néons, la classe était peuplée d’étagères de livres, de cinq micro-ordinateurs, d’affiches nombreuses et même si les quatre fenêtres tout en haut portaient des grilles, on y voyait le ciel. Au centre, une grande table faite de douze petites tables accolées les unes aux autres où ils pouvaient travailler à seize. N’eut été cette disposition, comme une table familiale, la classe ressemblait à celle que l’on trouve en campagne quand tous les niveaux, des petits aux grands, étudient dans la classe unique avec un instituteur. Irène avait souvent pensé à la classe du Grand Meaulnes, avec plus de silence et moins de chahut.

Ici les bruits étaient différents, uniques, et même lorsqu’elles étaient dehors, les femmes entendaient encore toute la semaine les clés, celles qui se balancent à la ceinture des gardiens, celles qu’ils manipulent et font pénétrer sans ménagement dans le penne de la porte de la classe puis dans la grille, sans prévenir. Ainsi un gardien entrait parfois, d’une façon soudaine, n’allait pas jusque dans la salle, mais restait dans ce sas entre la porte et la grille, appelait sans ménagement un homme par son patronyme. Et il enlevait Thom ou Kéré pour quelques minutes ou deux heures. Il pouvait s’agir de la signature d’un document, de la venue de courrier dont la censure avait subtilisé des passages ou d’une convocation auprès du directeur pour régler une affaire de bagarre pendant la promenade de la veille, ou une histoire de drogue qui avait fini par arriver jusque dans les cellules. Elles avaient deviné tout cela. Elles avaient compris à demi-mot comment les petits sachets pouvaient entrer. Ils n’en dirent rien franchement. Ils savaient qu’elles savaient. Ils n’en parlèrent pas. Ils écrivaient parfois des métaphores bien claires, elles disaient que le rêve ne se fume pas. Et le gardien leur rendait ou pas le détenu, dans un état plus ou moins favorable à une nouvelle concentration pour écrire et lire. Le gardien ignorait les deux femmes. Quelques-uns cependant au bout de plusieurs mois entreraient en s’excusant auprès de ces dames, je ne vous dérange pas longtemps.

Cathie Barreau

«Résonnent les voix des hommes»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501881

image http://merle-moqueur.blogspot.com/2011/04/les-pas-de-cellule-en-cellule.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour ateliers d’écriture

  1. Je n’ai pas connu cette odeur des prisons mais des lectures que j’en retiens, il me semble que j’y aurais péri ne serait-ce que par claustrophobie qui s’en dégage

  2. arlette dit :

    Le coin de ciel bleu tout là-haut ….. mais le bruit des clefs coupe le rêve de liberté

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