barricade

La troupe enlève toujours assez facilement les barricades, à cause du petit nombre de leurs défenseurs, de l’isolement où on les abandonne, et du défaut de confiance mutuelle dû à l’absence d’organisation et de commandement. Les choses prendraient une toute autre face, avec une direction énergique et l’envoi successif de puissants renforts.

Jusqu’ici dans les luttes parisiennes, les insurgés sont toujours demeurés inactifs derrière leur semblant de barricades, oisiveté fatale chez des combattants très mal armés, sans artillerie, presque sans munitions. La bravoure seule ne suffit pas à compenser tous les désavantages matériels.

Les ouvriers Parisiens semblent ignorer leur principale force, la supériorité de l’intelligence et de l’adresse. Inépuisables en ressources, ingénieux, tenaces, initiés à toutes les puissances de l’industrie, il leur serait facile d’improviser en peu d’heures tout un matériel de guerre. Charpentiers, menuisiers, mécaniciens, fondeurs, tourneurs, maçons, ils peuvent suffire à tout, et opposer à l’ennemi cent sapeurs du génie pour un.

Mais il faut pour cela une activité incessante. Pas un seul homme ne doit rester inoccupé. Quand une besogne est finie, on en commence une autre, il y a toujours quelque chose à faire. En voici quelques-unes qui ont leur importance : Emmancher droites sur des hampes de sept pieds des lames de faux dont on a redressé au feu le crochet de la base et coupé le bourrelet formant dos, on fait tourner les hampes chez le tourneur le plus proche. Les lames de faux se trouvent en quantité chez les quincailliers.

Enlever les portes des appartements ou prendre des planches dans les magasins, les percer d’étroites meurtrières, longues de dix centimètres, les doubler d’épaisses feuilles des tôles percées de la même façon, et garnir de ces volets mobiles l’ouverture des fenêtres, le devant et les côtés des balcons pour diriger des feux de flanc dans la longueur des rues.

Amonceler des pavés à tous les étages, les plus petits au quatrième, au cinquième, aux mansardes, les plus gros au second et au troisième. En munir surtout les chambres situées au-dessus du retranchement.

Louis-Auguste Blanqui

«Instructions pour une prise d’armes»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814053847

image http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Barricade_Voltaire_Lenoir_Commune_Paris_1871.jpg

la commune – après l’écriture des instructions

 

 

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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5 commentaires pour barricade

  1. Évocation d’une époque où le mot barricades avait un sens…

  2. Je suis toujours émue de lire ces textes de « compte-rendu ». L’intelligence sans ferraille intellectuelle et ce profond respect du peuple.

  3. Je profite de vous écrire pour vous dire que je vous suis attentivement et vous ai retenu dans mes liens préférés sur Pronaos : http://pronaos.wordpress.com/

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