Grèce 1947 – début de carrière

Donc, tu te souviens ? Manòlis parlait, parlait : Marxisme, Socialisme, les Bourgeois, les Prolétaires, le salaire, l ‘oppression… Nous on n’y pigeait rien, on bâillait : tu penses, un salaire… Salaire mes couilles ! Nous on volait pour vivre, et puis l’oppression, c’était la première fois qu’on entendait ce mot-là. Pourtant Nikòlas a pigé, lui : Laisse tomber, gars, qu’il a fait à Manòlis, moi je vais leur dire, toi tu les embrouilles. Bon alors les gars, de ce côté-ci il y a les riches, et de ce côté-là les pauvres. Y en a qui sont riches ici ? Non, qu’on répond. Eh ben ce qu’il nous dit, là, le collègue, c’est nous les pauvres d’aller attaquer les riches, de tout leur piquer et de faire un partage égal, qu’il n’y ait plus ni pauvres ni riches. Pas vrais, Manòlis ? Ben, pas exactement, c’est-à-dire qu’il y a le problème… Hé, le problème, tu te le mets où je pense… Alors les mecs, vous y êtes ? On y était.

Voilà. Toi au moins, tu es mort avant, tu les as jamais vus les riches, enragés à surveiller leurs sous. Autant ça va quand on leur fait le coup en douce, autant ça se gâte si on leur dit en face, Les mecs on va tout vous piquer. Pendant quinze ans je me suis fait baiser la gueule à tour de bras. Quinze ans, et puis avec l’âge, quand je suis devenu l’un des cadres, on me donnait du monsieur chaque fois qu’on m’arrêtait. Mais moi, je restais noué. Chaque fois qu’ils me mettaient au frais, j’avais l’estomac qui me remontait dans les dents et il fallait que les hostilités commencent pour que je me retrouve enfin. Tu vois, quand ils m’ont repincé, je n’avais plus vingt ans, je m’étais fait un nom, eh bien j’ai cru devenir cinglé. On m’emmène à la Sûreté, venez monsieur, par ici monsieur… Pas une beigne, pas un coup de pied, pas de petit fumier tu vas mourir, on va te baiser la gueule, rien. Pas un seul nom d’oiseau. Bon, ils me fouillent, me prennent mes lacets, ma ceinture, tous les trucs — poliment toujours — et me fourrent à l’isolement. Une heure passe, puis deux, la nuit tombe, le jour se lève : rien. Un jour, deux jours, trois jours : rien. Je me ronge les sangs. Je me dis, les salopes, c’est une nouvelle tactique. Ils doivent mettre une poudre dans ma bouffe. J’y touche pas. De toute façon j’ai la nausée. Ils me disent, pourquoi tu manges pas, c’est une grève de la faim ? Quoi dire… Que je fais une grève de la faim pour avoir droit aux coups et aux injures ? Non, que je réponds, j’ai pas envie de manger, c’est tout.

Chronis Missios

«Toi au moins tu es mort avant»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500303

image http://www.phillegrec.ch/715/56101.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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