À Monsieur, Monsieur Michel Lambert Libraire, à côté de la Comédie Française, à Paris

(13 octobre 1755)

Voici de quoi il est question. Je ne suis pas plus content de L’Orphelin de la Chine que de mes autres ouvrages. J’ai envoyé à M. d’Argental une centaine de vers nouveaux dont il est assez satisfait et qu’il fera réciter à Fontainebleau et à Paris. Voyez si vous voulez les insérer dans votre édition avec des cartons. En ce cas je vous les ferai tenir. Il faudra surtout qu’ils soient dans l’édition de mes oeuvres, mais je crains bien que vous n’ayez déjà fait servir l’impression de L’Orphelin à cette édition même, et que vous n’ayez tiré un certain nombre d’exemplaires de L’Orphelin pour débiter à part, et un autre pour être joint aux oeuvres mêlées.

Je dois vous avertir encore que j’ai été assez fou à mon âge pour faire une pièce nouvelle, et que je le serai peut être assez pour la donner, qu’ainsi il lui faudra ménager une place dans votre recueil en cas qu’elle ne soit pas réprouvée. Si l’année passée vous m’aviez bien assuré que vous étiez déterminé à faire cette grande édition complète, si vous aviez travaillé à La Henriade au lieu de vous en tenir à une feuille, si après cela vous ne m’aviez pas paru le plus négligent et le moins exact des hommes dans l’envoi d’un ballot, j’aurais compté sur vous ; vous auriez eu seul mon Histoire générale, mes Oeuvres bien corrigées et bien augmentées, et l’Histoire de la dernière guerre. Je vous aurais été de quelque utilité. Mais je n’ai pas entendu parler de vous ; et votre négligence m’a forcé d’aller à Genève. Vous vous êtes ravisé depuis. Vous avez commencé à imprimer le recueil de mes oeuvres, mais sans attendre mes corrections. Je viens de voir par exemple la tragédie de Brutus. Ni cette pièce, ni la préface ne sont chez vous, comme je la fais imprimer à Genève. Ces contretemps sont fort tristes. Pourrez-vous mettre des cartons à cette pièce ? quelle est votre résolution ? mandez-moi bien exactement où vous en êtes. Tout occupé que je suis de l’Histoire générale, qui est un objet assez important, je ne laisserai pas de mettre en ordre les Oeuvres mêlées. Ce n’est pas un travail qui demande beaucoup de célérité, ces Oeuvres mêlées dont il y a tant de mauvaises éditions ne se vendront pas rapidement. Mais soyez sûr que l’Histoire générale vous fera grand bien. Je vous embrasse mon cher Lambert. Si vous avez du temps écrivez-moi.

V.

13 octobre (1755) près de Genève.

Est-il vrai qu’on a imprimé La Pucelle en Hollande ?

Voltaire

Correspondance

IV (1754-1757)

Bibliothèque de La Pléiade

pastel de Quentin La Tour

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
Cet article a été publié dans lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour À Monsieur, Monsieur Michel Lambert Libraire, à côté de la Comédie Française, à Paris

  1. Petite remontrance suivie d’une belle requête. Et tout cela en de beaux termes dans une langue si belle qu’elle nous conquiert dès une première lecture. Soupir. Décidément, Voltaire, votre style n’a d’égal que votre merveilleuse intelligence et des idées.et des mots.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s