Problème linguistique

(Réponse à Marotta)

….

Problème linguistique : vous jurez à propos de ma langue – de la langue naturellement dont je me suis servi dans le scénario, épuré par la suite, de Mort d’un ami – qu’un mot italien («Scenata»), est toujours plus expressif qu’un terme dialectal («sgaggiata»).

Bof !cela me semble une manière bien expéditive d’affronter la question. Je me suis, pour ma part, (dans des livres et des articles que vous refusez probablement de connaître) largement répandu sur cette question. Pour rester dans les généralités, les termes «scaggiata» et «scenata», en eux-mêmes, sont parfaitement équivalents du point de vue de leurs possibilités stylistiques. Le premier est un terme dialectal romain de type légèrement argotique, et, comme disent les linguistes, «vif» ; le second est un terme toscan, passé dans la langue courante, lui aussi avec une fonction de vivacité. Reste à connaître la position qu’ils occupent dans le «système stylistique» où il sont insérés : remplissent-ils ou non leur fonction normale de «particularités expressives» ? (toujours pour parler comme les linguistes). En eux-mêmes, ce ne sont que deux éléments bruts : c’est le système qui les fait exister.

Maintenant, vous trouvez mon système linguistique facile. Rien n’est plus faux ! C’est le plus difficile que l’on puisse imaginer, aujourd’hui, en Italie. Moi, la prose d’art du type de celle que vous faites aujourd’hui – encore qu’un peu plus rondienne (a) et proustienne – je l’ai pratiquée entre dix-huit et vingt-huit ans ; mes tiroirs en sont pleins, et j’en ai même publié en quantité non négigeable… Je vous assure que la «mimésis» dialectale contaminée par la prose littéraire, est le travail le plus risqué, le plus éreintant, le plus exaspérant que l’on puisse entreprendre. Il m’a fallu quatre ans pour écrire «Une vie violente» ; c’est autre chose que cinquante pages par jour ! Essayez, essayez donc !

(a) de la revue «La Ronda» (revue littéraire italienne publiée à Rome de 1919 à 1923. Le comité de rédaction initial se composait de sept membres, dits les «sept sages». dit Wikipedia)

Pier Paolo Pasolini

dans «il Reporter, 15 mars 1960

repris dans «Écrits sur le cinéma»

«Petits dialogues avec les films (1957-1974)»

Petite bibliothèque des Cahiers du Cinéma

photo http://www.mitaam.co.il/ENGM24.htm

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Problème linguistique

  1. Pasolini le provocateur, pasolini le non-conformiste. Il est toujours d’actualité.

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